Vialpe est né de notre traversée des Alpes en famille.
Trois mois de marche, sous tente et en autonomie.

 

Vialpe, c'est un blog, où textes et photos se répondent

Vialpe, c'est un film "12 pattes et 5 sacs à dos"
comme une invitation poétique à la marche

Vialpe, c'est un projet de cinéma nomade
pour projeter le film sur les chemins

 

Vialpe, c'est aussi ce que vous, lecteurs, en ferez

 

 

 

La suite de ces images se retrouve entre autre ici
www.geoffroyimage.be

 

sam.

01

juin

2013

14 septembre, Roya

L'automne survient avec le sud

Le Sud arrive avec l'automne.

La lumière décline quand elle survient.

 

La vallée de la Roya est toute entière dans cet entre-deux; entre Sud et montagne, entre tourisme et rusticité, entre France - qui l'a prise - et Italie - qui y couve ses racines. Il y a une violence contenue dans cet engorgement de murailles où la place manque parfois. Nous sortons d'un long voyage dans une monde ouvert et aérien.  Cette sortie-là est comme un goulot par lequel le vin, mûri, va abreuver la vie. Un passage obligé. 

 

La Vallée de la Roya n'a d'autre sens que celui-là, celui d'une sortie, un engorgement à accepter. Notre rythme s'y ralentit d'ailleurs, nos choix plus hésitants, nos pas plus confus. Il n'y a pas de frustration, non, nous savons qu'il va nous falloir sortir et c'est le sens des choses que d'en passer par là.

 

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sam.

01

juin

2013

3 septembre 15:54, Argentera

La botte de l'Italie, gorgée de pluie

 

 

 

 

Niels décrète que ce ruisseau ressemble à l'Italie.

 

Et c'est vrai que le flot s'y engorge comme les Alpes se glissent dans la botte. Et juste avant, la plaine du Pô se lisse. C'est précisément la carte laissée sur la porte des toilettes, à la maison. Pendant des mois, nous y avons anticipé le chemin. Nous projetant dans chaque massif, imaginant les vallées, les longueurs, les reliefs.

 

Un trait rouge y court. Tracé d'Est en Ouest, il joint l'Adriatique à la Méditerrannée, la Slovénie à la Provence. Immanquablement, il me fait penser au contour d'un brocoli. Bientôt trois mois que nous suivons ce trait de brocoli, le délaissant parfois, sautant des bouts, le recroisant plus loin.  Il a toujours été là, qui nous attend, à la maison.

 

Quand Niels joyeux, découvre l'Italie, nous sentons tous, sans le dire, qu'il y a là plus qu'une carte. Comme toutes les cartes, celle-ci porte en elle les rêves du flot qui la dessine. Nous repartons légers. Le chemin descend. Il suit le ruisseau qui, déjà, devient torrent.

 

 

 

 

ven.

31

mai

2013

14 septembre 9:32, Roya

Villages de frontière

 

Olivetta. Petit village italien. Abrite-t-il une terrasse de café ou est-ce la terrasse du café qui abrite le village? J'hésite encore. Tous y passent et tout s'y passe. A la fois cour de récréation, parking, scène de spectacle, lieu de rendez-vous, salle d'attente du médecin, salle de réunion, l'espresso, très ristretto, y coûte moins d'un euro.

 

J'y ai vu une gamine avec de petites soquettes blanches, un monsieur à la chemise rose, deux mamas et la marmaille, deux hommes en salopette débordant de leur minuscule camionette à trois roues, le médecin arrivant avec sa sacoche, trois jeunes touristes allemands, des gamins rouler à vélo, un chien qui siestait dans une auto, une serveuse de café, les cris des uns hélant les autres et dans le ciel, trois circaètes…

 

Le matin même, nous avions cherché abri dans un village français, de l'autre côté de l'oliveraie. Là, les maisons étaient proprettes. Là, les rues étaient désertes. Point de café. Là, il pleuvait des cordes et même l'église nous restait fermée. Sous le porche, une plaque gravée, signée du Général vainqueur, exigeait le retour de ces villages à la France.

 

 

mer.

29

mai

2013

8 Juillet 17:36, Carniques

Souvent montagne varie, bien fol est qui s'y fie.

 

 

 

 

Tu crois te rapprocher d'elle, et chaque pas t'en offre un autre profil.

Tu crois l'atteindre enfin et, chaque fois, elle se dérobe à toi,

érigeant une nouvelle ligne de crête.

Elle est une fleur ceinte d'une corolle dont les pétales se chevauchent.

Qui s'approche du coeur, s'approche de l'ultime source,

et tel l'alpiniste arrivé à la pointe du Cervin,

découvre qu'"Il n'y a rien à voir au-dessus, tout est en bas".

 

 

lun.

15

avril

2013

Je trouve que l'expo est belle ;-)

Je trouve qu'elle est très belle ;-))   
Vraiment !
Pas tant les oeuvres - je les connais trop - mais l'ensemble.
L'espace fonctionne, les oeuvres se répondent, les sons parlent aux images et répondent au cadre.  Il y a de la profondeur, comme une ambiance forte et douce.
A savourer aussi à des moment plus calmes ... Mais le 5 mai, on décroche (et on vous brade les oeuvres qui vous parlent le plus ;-), après c'est fini !

 

Jusqu'à une prochaine fois ?

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lun.

09

avril

2012

13 septembre 10:52, Roya

Humilité de l'émergence

 

Regardant les toîts de tuiles rouges ponctués des pastilles blanches de la modernité, je trouve cela beau. Je cherche à capturer la courbe de la ruelle, passante, étroite, profonde et fraîche que nous parcourions hier soir. Le rire des enfants qui y résonnait fort. Elle donnait l'envie d'y courrir. Je me dis que la courbe de cette rue est belle, simple, évidente. 

 

Et je me demande pourquoi les rues de nos villes sont devenues si linéaires, rejetant le sens du cheminenment, perdant la langueur du déroulé. D'où vient cette courbe ? Qu'a-t-on perdu pour ne plus la savoir ?

 

Je réalise qu'elle n'a eu que l'humilité de suivre la rivière qui, là, s'élargit en un lac. Le sens de la courbe est tout inscrit dans la raison d'être du village.  La courbe de cette rue n'a jamais été pensée, elle est émergente du paysage, du sens du village à cet endroit. 

 

Nous nous appauvrissons de perdre cette humilité, celle qui laisse émerger les choses des profondeurs, de leur raison d'être.  Et moi j'ai peur, quittant mon voyage, de perdre cette humilité là, celle des peuples premiers, celle qui laisse émerger la profondeur des choses et donne sa force au nomade.

 

 

ven.

06

avril

2012

31 août 19:19, Ubaye

Monet

 

 

 

 

 

 

J'ai râlé !

 

La montagne éclairée par le couchant semblait un château posé au bord du gouffre, le lac ses douves. Le soleil finissait de projeter nos silhouettes à sa surface scintillante. Nos pas faisaient s'éteindre, tour à tour toutes les étoiles de l'onde. Un moment magique. Encore un.

 

Mais la vidéo de l'appareil tenu à bout de bâton ne s'est pas enclenchée : j'ai râlé ! L'envie de capturer ce bout de magie éclate comme une bulle de savon dans l'air.  Fustration de la scintillance perdue. 

 

Monter la tente.

 

Retourner au lac. Seul. Pas tout à fait, avec mon appareil, et mon télé. Celui-là qui m'aide à capter la profondeur du paysage. Me retrouver d'abord, en me perdant de vue. A travers le viseur, se décadrer soi-même, ainsi se retrouver. Et retrouver alors l'envie de dire, de partager.

 

Le soleil est descendu. La surface du lac ne scintille plus, elle est dans la nuit. Il fait froid. Sur la falaise, le soleil monte, poussé par la nuit qui sort du lac. Doucement, il allume une dernière fois les roches blanches. Dans le lac, alors, la montagne scintille ses derniers feux, mire ses roches blanches, ses coins d'ombre, ses plaques d'herbe perdues qui dansent sous mes yeux.

 

Moi, je me noie dans la falaise noyée. Longtemps, beaucoup. J'ai déclenché tant d'images ce soir là. Toutes différentes, elles parlent de tant de choses, dites par la lac. Je reviens les larmes aux yeux, ébloui. Je ne crois pas que les images pourront jamais capturer un peu de cette magie, mais je sais que je suis bien, noyé, appaisé, plein.

 

Demain, c'est mon anniversaire.

 

 

 

 

sam.

11

févr.

2012

28 août 12:25, Queyras

A flanc de vache

 

 

Les vaches sont comme des mouches, jamais loin.  Les randonneurs chassent les vaches et les vaches reviennent, toujours. Elles ont le muffle humide et curieux. Les randonneurs se racontent des histoires de vaches qui les piétinent, leur tente, leur sac. Ils s'agitent, courent un bâton au poing. Ils chassent les vaches et les vaches reviennent, toujours. Les randonneurs, eux, ne font que passer.

 

 

jeu.

09

févr.

2012

19 août 20:15, Thabor

Benjamin

 

Une heure déjà que Jephan est parti.

 

On a monté les tentes en contrebas de la cabane du berger. Puis Jephan est parti. Il veut aider le berger à descendre les moutons. "Prends ta veste rouge, le soir ne va pas tarder." Je le suis des yeux. Il monte jusqu'à la cabane, en fait le tour. Je le vois repartir, plus haut, droit devant lui. Petit point rouge qui disparaît dans la pente. 

 

Plus d'une heure déjà que, couchée dans la tente, je peins la vallée. Le soir arrive. Je scrute la montagne.

 

Soudain, je les vois. Ils sont des centaines à onduler, neigeux. Derrière, plus haut, je distingue une petite boule rouge aux côtés d'une silhouette, plus grande, plus sombre. Tous dégringolent la montagne. Joyeux.

 

 

 

lun.

06

févr.

2012

15 septembre 16:51, Menton

Pédestre

 

 

Quels pieds faut-il pour traverser les montagnes?

Doivent-ils être entraînés?

Suffit-il de les chausser?

Plats, peuvent-ils grimper?

Peuvent-ils réellement marcher sur les lacets du chemin sans tomber de leur piédestal?

 

Je n'en pieds rien.

J'ai pris le mien à en blesser une paire de chaussures.

 

 

 

ven.

20

janv.

2012

29 août 12:08, Ubaye

Au fil d'Ubaye

 

 

 

Sur le pont de bois qui traverse l'Ubaye, nous nous sommes arrêtés. Nous avons posé les sacs et sorti notre casse-croûte. Des craquottes de seigle, 200 grammes de fromage à pâte dure, quelques rondelles de saucisson sec, un petit carré de chocolat. Tel est le menu de nos festins de midi.

 

Deux ans plus tôt, nous avions trouvé refuge ici même, sous une pluie torrentielle, dans la vieille bergerie, à quelques dizaines de mètres du torrent. Le sol de terre battue était couvert de crottes de moutons. Nous avions supendu nos vêtements mouillés à toutes les poutres de la charpente. L'orage a grondé autour de nous de longues minutes. Nous ne savions où nous asseoir. La fin du jour a chassé les éclairs. Nous avions alors étallé les vêtements mouillés sur la tôle qui couvrait la bergerie. Ils fumaient, comme la montagne alentours. Le torrent bouillonnait encore de trop de pluie grise.

 

Aujourd'hui, l'eau laisse passer la lumière et les roches claires du fond la révèlent.

 

 

 

mer.

18

janv.

2012

8 août 20:00, Valais

Dragons des montagnes

 

 

 

Parfois, des vagues déferlent sur les montagnes et les noient. Les flots laiteux comblent alors les vallées où les hommes se terrent et leurs idées s'embrument. Seuls leurs pieds savent que l'espace existe encore là-haut. Mais qui écoute encore ses orteils?

 

lun.

16

janv.

2012

25 Juillet 11:17, Bernina

Sac de star

 

Les enfants jouent aux cartes, inventent des jeux, trichent, rigolent. Les enfants se raccrochent au monde grâce à celui imaginaire des doudous. Les enfants marchent et traversent la montagne comme si cela était naturel. Ils portent leur gros sac, et pourtant les Italiens ne les photographient pas.

 

"Oh que Bella, Bellissima, Brava..." Les Italiens n'ont d'yeux que pour Ushka et ses sacoches.

 

mer.

04

janv.

2012

8 août 19:40, Valais

Belgitude

 

 

 

Petit air de Belgique, Thérèse et Jean-Michel nous rejoignent pour marcher une journée avec nous. Il n'y a toujours pas de gouvernement au pays. Le chemin s'élève peu. Il longe le lac de barrage et nous emmène en pointillé dans les entrailles humides de la montagne perforée. Thérèse rêve du Grand Combin. Jean-Michel parle philosophie. Nous écoutons le bruit du monde.

 

Las de trancher les berges abruptes, le chemin reprend appui sur le versant. Thérèse aime le vert dans le paysage, celui de l'herbe, des rochers, de l'eau.

 

Nous posons les sacs à la cabane de Chanrion où Thérèse et Jean-Michel passeront la nuit. Sur la terrasse, les randonneurs déjà en chaussons nous regardent, admiratifs. Une dame offre deux mars aux enfants: "Pour votre pause demain". Un vieux monsieur sort de sa poche deux petites croquettes pour chien et les remet à Jean-Michel: "Pour votre chien". Ushka qui dormait plus loin, se lève et va se recoucher à l'ombre du banc sur lequel est assis le vieux monsieur.

 

Nous reprenons nos sacs et cherchons un endroit discret où monter les tentes. Les Suisses n'aiment pas trop que l'on puisse s'offrir l'herbe de l'alpage, même pour une nuit. Thérèse passera plus tard, le temps d'un lever de nuages sur le Grand Combin. Thérèse aime le vert dans le paysage.

 

 

 

ven.

30

déc.

2011

3 septembre 12:43, Argentera

Le dialogue de flous

L'image est floue, confuse.

 

Pourtant, je n'arrive pas à la jeter. Quelque chose m'en empêche. Comme un balançement léger, presque une danse, entre Anne et la première vache. Derrière, les autres, plus nettes, font corps avec la première. Regardant la scène, elles la portent. Le net renvoyant au flou, le légitimise.

 

Anne est face au troupeau et quelque chose d'indécis se passe, entre elles. Quelque chose de suspendu, qui n'appartient qu'à elles, nous échappe dans son contenu mais pas dans sa présence. Un dialogue de flous.

 

Ainsi, l'image témoigne sans dire, raconte sans figer. Et si je n'arrive pas à la jeter, c'est parce que son histoire est juste. Elle est juste parceque la vie est comme elle, une danse floue et confuse.

 

 

mer.

28

déc.

2011

23 Juillet 20:43, Bernina

Cristina

 

 

 

Il a plu toute le journée. Et toute la journée, nous avons joué aux cartes sur la toile cirée du refuge de Cristina. Entre chaque partie, l'un de nous sortait, humait l'air et les nuages, mais vite rentrait, laissant la bourrasque pour battre les cartes.

 

A 10 heures, le café et le chocolat chaud, bien qu'italien, réconfortent. A midi, les sandwiches du refuge étaient accompagnés de fromage et de saucisson du pays. Vers deux heures, un couple est venu boire le café. Ils fermaient leur résidence secondaire pour rejoindre la vallée. Vers quatre heures, une éclaircie. Il faut en profiter, bouger, sortir.

 

L'alpage fume. Le hameau de Cristina s'ébroue. Quelques maisons de pierres luisantes de pluie. Une chapelle sur une petite butte. Un cheval en liberté.

 

L'envie de partir nous fuit. Nous plantons les tentes au-dessus du village. Et nous revenons au refuge pour le spaghetti du soir, pesto ou bolo.

 

 

sam.

24

déc.

2011

22 juillet 10:50, massif de la Bernina

Les larmes de la fiancée

 

 

 

 

Les vaches ne sont pas loin. Les vaches ne sont jamais loin. Seule leur robe change de massif en massif. Je me souviens des valaisannes de mon enfance, petites, trapues et sombres. Le jour du combat des reines, elles étaient amenées par dizaines à l'alpage. Maman a demandé au vacher comment il faisait pour les reconnaître. Surpris par la question, il a répondu: "Et vous, quand vous allez au bal, vous reconnaissez bien votre fiancé!"

 

 

 

mer.

14

déc.

2011

22juillet 10:46, Bernina

Un guide pour se perdre

 

 

Se perdre dans les Alpes n'est pas aisé. Trop souvent une marque, une flèche, une plaque ou un minutage vous retrouve. A moins, peut-être, de confier ses pas aux regards des vaches de montagne. Elles, qui savent le temps continu, sont un guide précieux pour se perdre.

 

 

 

dim.

11

déc.

2011

23 Juillet 17:32, Bernina

Il ramenait les chèvres

 

Lui ramenait les chèvres. Son père, je crois, poussait les vaches. Ils se sont croisés. Il faut ramener les chèvres qui, seules, partent loin. Il faut pousser les vaches qui, seules, restent près. Il faudra traire les deux. Le père avait un rameau feuillé. Lui se contentait de sa voix et de ses bras.

 

Je ne sais ce qu'ils se sont dit. Je ne sais rien de leur vies. Je sais seulement que je les trouvais beaux, pleins, dans cette lumière d'après l'orage. J'aurais aimé les entendre. J'aurais aimé les comprendre. J'aurais aimé les aimer. J'étais loin. Et je ne sais rien. Rien d'eux qui pourtant rayonnaient jusqu'à moi.

 

 

ven.

09

déc.

2011

6 septembre 14:27, Alpi Maritimi

La mouche

 

 

 

 

Les bouquetins sont des êtres placides qui, comme les vaches, regardent passer les touristes. Ceux-ci veulent capturer l'animal dans leur boîte digitale. Ils rusent pour approcher au plus près. Ils marchent à croupeton, l'oeil rivé à l'écran de l'appareil. Leurs pieds buttent sur les pierres que cache l'écran. Les bouquetins les regardent avancer. Parfois, une mouche plus hardie se pose à même leur museau. Ils sortent alors de leur placidité.

 

 

mer.

07

déc.

2011

4 août 19:15, Valais

Plus ou moins au-dessus de la mer

 

 

 

 

T'as quelle altitude?

On a déjà monté de combien?

 

En montagne, l'altitude fait repère. Elle se porte au poignet. Et, comme l'heure, elle est une donnée très relative. Elle dépend en particulier de la pression atmosphérique qui change tout le temps. Vous vous endormez le soir à telle altitude et vous réveillez le matin plus haut, dans le meilleur des cas, ou plus bas...

 

Avancer, c'est disperser du temps dans l'espace.

Ou l'inverse ?

 

 

 

dim.

04

déc.

2011

15 août 10:38, Col des Estronques

allumettes blanches

 

Ils étaient là, de l'autre côté de la vallée. Brillants après l'orage. Allumettes blanches dans ce foisonnement vert, ils me regardaient, nous regardaient, glisser vers le col des Estronques. Il n'y a rien d'autre à en dire; ils étaient là et me souriaient dans la lumière d'avant la neige. J'en fus si bien, soudain. 

 

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jeu.

01

déc.

2011

8 août 16:29, Valais

Attracteur étrange

 

 

 

Ecoute, écoute le bruit du torrent. Il n'est jamais le même, il n'a pas de rythme, et pourtant c'est une musique... imprédictible. Ce son oscille, va, revient, tourne autour de quelque chose sans jamais l'atteindre, sans s'y fixer, sans le toucher, sans le quitter pourtant.

 

Ecoute le, le son du torrent. Oscillateur sans rythme, c'est un "attracteur étrange". Cantonné à une partie de l'espace multidimensionnel des sons possibles, il y oscille, imprédictiblement, créant sans cesse une nouvelle trajectoire dans l'espace infini et confiné de ses possibles.

 

Le chant du torrent, attracteur étrange, est un chaos créateur. La vie naît des attracteurs étranges. La vie n'est qu'attracteurs étranges.

 

 

 

mar.

29

nov.

2011

17 Juillet 6:43, Dolomites de Sexten

Chant de cîmes

 

 

 

 

Nous avons posé nos tentes sur le plat de l'épaule de la montagne. L'herbe y est rase et douce. Quelques linaigrettes l'étoilent de coton blanc. Hier soir, venant de la paroi dressée derrière nos tentes, des chants. Sans doute un bivouac d'alpinistes. Nous les imaginions, coincés et supendus à leur corde. Etendus dans l'herbe, nous écoutions leurs chants.

 

 

ven.

25

nov.

2011

26 Juillet 11:09, Bernina

Tracé hors trace

 

 

Sur le chemin, la marque peinte rassure le randonneur. Elle est le repère officiel, repris sur les topo-guides et sur les cartes. Le cairn est plus improbable. Il est une invitation à s'aventurer hors trace. Et l'oeil du randonneur le recherche alors de loin en loin pour y raccrocher ses pas, comme à un guide.

 

Oeuvre collective récurrente, le cairn invite à la participation. Rajouter sa pierre à l'édifice est un témoignage de son passage, une reliance avec ceux qui sont passés, un message pour ceux qui suivront. Geste essentiel, reliance dans le temps.

 

Le cairn n'existe que parce que des hommes marchent. Contrairement au loup qui marque son territoire pour le clôre, le marcheur trace de cairn en cairn la ligne de sa traversée. Reliance qui projette le temps dans l'espace.

 

 

 

mer.

23

nov.

2011

3 août 13:41, Valais

Je bascule vers mon enfance

 

 

Au barrage de Moiry déjà, l'humidité perlait sur le duvet de mes bras nus. Je me souviens avoir frissonné. Je suis partie d'un bon pas.  Les panneaux annonçent 2h40 de montée pour le col de Torrent. Je marche vite, je dépasse les touristes qui me hèlent épatés, découragés peut-être dans leur propre progression, j'arrive au col en 1h20. Brouillard, je ne vois rien. J'imagine le val d'Hérens devant moi, le Pigne d'Arolla et les Dents de Vésivi sur la gauche, le village de La Sage en contre-bas, les étés de mon enfance. Je pourrais croiser ici l'enfant que j'étais à 9 ans. Mais, brouillard, je ne vois rien. Je bascule vers mon enfance et ne vois rien, brouillard. Mes pieds avancent sur le sentier, dans ma tête, je recule.

 

 

lun.

21

nov.

2011

17 juillet 18:35, Dolomites de Sexten

Tête éclairice

 

J'étais partie avec des promesses plein la tête, d'écrire, de réfléchir, de questionner, de répondre surtout… Et rien de tout cela.

 

Au fil des jours, ma tête se faisait plus vide. Plus de repère, que les balises du chemin. Plus d'identité, que la mienne, sans artifice, sans miroir aussi. Mais plus, davantage, de réalité, celle du chemin et celle de mon être chaussé de godasses qui s'y appuie et s'y propulse. Une expérience de réalité renouvellée tout au long de la journée et de jour en jour.

 

J'avance sur le sentier. J'existe parce que j'avance sur le sentier. Simplement parce que j'avance sur le sentier. Et dans ma tête, rien d'autre que cette réalité-là, le souffle du vent, un brin d'herbe improbable entre deux pierres, un rai de lumière, l'appel d'une marmotte…

 

Tout est là. Et le soir venu, fermant les yeux, c'est dans son corps que le marcheur au long cours ressent sa journée de marche. Dans sa tête, c'est le vide… le vide apaisant d'une certitude muette. Celui qui marche la journée et devenu sûr le soir.

 

 

dim.

20

nov.

2011

17 juillet 15:58, Dolomites de Sexten

La croix


Niels a voulu aller voir la croix posée sur le petit sommet. Nous avons laissé les sacs près du chemin et nous sommes montés. Au pied de la croix, il y avait un carnet pour écrire ce que l'on veut y dire, et puis le vent.

 

Le carnet a cette consistance craquante du papier mainte fois feuilleté, humidifié, sèché, lu et relu. Nous plongeons dans les mots laissés par les marcheurs qui nous ont précédés. nous y laissons les nôtres.

 

 

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mer.

16

nov.

2011

7 juillet 18:10, Alpes Carniques

ATTENTION frontière

 

Yvonne s'est échappée de son pré. Yvonne est une vache buissonnière. Depuis la frontière entre Allemagne et Autriche, elle a rejoint les forêts du sud de l'Allemagne. Pour la localiser, les hommes ont usé des forces de l'ordre, d'hélicoptères, de caméras infrarouges, d'un spécialiste de télépathie animale, de promesses de récompense… Yvonne, broutait, errait, et les regardait passer.

 

Les vaches de montagne n'ont pas de clôture, seulement des barres rocheuses, des lacs et des torrents pour les retenir. A longueur de journée, elles broutent et ruminent . Une liberté d'herbe et de lait.

 

"Faut-il les envier ?", se demande Jephan.

 

 

lun.

14

nov.

2011

20 Juillet 20:13, saut de puce italienne

Seules les autos

 

 

Vous avez traversé les grands espaces. Vous avez été accueillis par le vent et la pluie. Vous avez fait votre logis au creux des vallons, vous avez couché avec les étoiles. Vous avez bu l'eau des ruisseaux. Vous avez foulé l'herbe et votre pas a fait sonner le roc. Votre chant ne connaissait pas les limites de la pierre. Et puis, vous êtes descendus.

 

Le chemin est devenu route puis rue, et l'herbe trottoir. Il vous a fallu mesurer votre pas, le règlementer. Et le soir venu, vous avez erré entre les pavés. Nulle place où étendre votre couche. Ici, seules les voitures ont une place pour flirter avec les étoiles.

 

 

ven.

11

nov.

2011

27 Juillet 2010 20:00, Engadine

Chienne de vie

 

La chienne porte son sac, comme tous. Elle marche devant. Au col, elle s'arrête et regarde, truffe au vent. Que sait-elle de la vallée que nous ne voyons pas?

 

Aujourd'hui, un marmoton a déboulé dans ses pattes. La chienne reste chasseresse; plus vive que nous. Mais elle est chienne; elle a donc été tancée, et ramenée sur le chemin. Elle s'est alors appliquée à ne plus voir que les cailloux du chemin. 

 

 

 

mer.

09

nov.

2011

6 août 9:50, Valais

Vertige

 

 

La montagne désire le vide, la chute, tandis que l'homme s'obstine à grimper.

De ce décalage naît le vertige.

 

 

 

lun.

07

nov.

2011

15 août 19:09, Maurienne

Les loups et la fourmi

 

L'enfant est tombé dans la marmite très jeune.

 

Emmené en montagne alors qu'il n'était même pas quadrupède. Hissé à dos d'homme en haut de cols escarpés. Tenu en haleine toute la montée par une histoire inventée. Récompensé d'un raisin sec à chaque lacet du sentier. Poussé dans le dos par le doudou harnaché au sac. Béni pour sa vigueur de chamois en culottes courtes.

 

Je me suis laissé dire qu'emmener en montagne un enfant, parfois très jeune, c'est lui instiller l'envie de faire plus tard tout ce qu'il aura envie de faire: s'arrêter et regarder, ramasser un caillou, le faire rouler, plonger les pieds dans l'eau glaciale du torrent, y faire pipi, s'offrir un bâton de marche, le sculpter, courir dans les descentes, hurler avec les loups, voir une fourmi escalader une pierre.

 

 

sam.

05

nov.

2011

4 août 19:27, Valais

Penser en plein air

 

 

" Nous ne faisons pas partie de ceux qui n'ont de pensées que parmi les livres, sous l'impulsion des livres, - nous avons l'habitude de penser en plein air, en marchant, en sautant, en grimpant, en dansant, le plus volontiers sur les montagnes solitaires ou tout près de la mer, là-bas où les chemins mêmes deviennent problématiques."

 

Nietzsche

 

 

jeu.

03

nov.

2011

13 juillet 6:57, Alpes Carniques

Les mots vides

 

J'ai dans mon sac un carnet sur lequel je couche les mots de l'errance, ceux soufflés par le vent, les nuages et les pierres du chemin. Des mots que je trouve vides pourtant. Ils me semblent ne garder que la mémoire du chemin et s'y fondre sans prise de distance. Une vacuité des mots qui, je le sais, prendra son sens au retour, quand la mémoire fera son travail et que ce vide deviendra l'espace de la recréation.

 

 

mar.

01

nov.

2011

14 septembre 14:00, Roya

Retrospectivement

 

 

 

 

 

dim.

30

oct.

2011

12 Juillet 14:59, Alpes Carniques

Le livre nomade

 

Dans mon sac, un seul petit livre, de la collection "Petite philosophie du voyage". Quelques grammes de mots écrits par d'autres. Petits propos sur la littérature nomade, l'écriture de l'ailleurs. Des propos qui posent la question des livres qui accompagnent un voyage et qui vont influencer l'ancrage de celui-ci.

 

Ce qu'on lit en voyage influencerait le regard qu'on porte sur les choses et ce que l'on en retient. Sans livre compagnon de voyage, n'y aurait-il autant d'aspérité sur laquelle retenir ou colorer les vécus et les impressions du chemin?

 

 

lun.

10

oct.

2011

8 août 19:40, Valais

Le Combin nous salue

 

 

Aujourd'hui, deux amis marchent avec nous.

 

Nous remontons le lac de barrage, vers le Grand Combin. Le chemin est large et gris et, par moments, s'enfonce dans la montagne en tunnels humides. Le Grand Combin nous attend. Nous longeons l'eau. C'est toute la montagne qui s'écoule dans le lac. Le Grand Combin ne se découvre pas. Thérèse nous dit qu'elle aime le vert dans le paysage, le vert de l'herbe, des rochers, de l'eau. Le Grand Combin nous manque. Nous montons encore, nous parlons philosophie, Belgique et politique.

 

Le chemin devient plus étroit, le versant plus herbeux. Un pont enjambe un torrent de lait bouillonnant. Thérèse qui le traverse avec nous dit qu'en montagne, on retrouve sa vraie dimension par rapport aux forces de la nature; en plaine, on se croit grand.

 

Et le Grand Combin, enfin, nous salue.

 

 

 

sam.

08

oct.

2011

17 août 17:45, massif du Thabor

Sur le fil

 

Dans un mois, heure pour heure, nous arriverons à Bruxelles. Le train est déjà réservé. Le retour est inévitable.

 

"Je n'ai pas envie que ce soit fini". C'est ce que j'écris dans mon carnet ce soir-là.

 

Je vois le chemin parcouru, maigre fil d'Ariane qui serpente derrière moi jusqu'à l'Adriatique. De part et d'autre, les Alpes sont si vastes. Je devine le chemin encore à parcourir jusqu'à la Méditerranée. De part et d'autre, les Alpes sont si vastes. Je suis à la rencontre de ces chemins et j'aimerais qu'ils n'aient pas de fin. 

 

Comme Thoreau, "je fais mien ce que je vois", le dehors rencontre le dedans et l'espace s'agrandit. Et dans cet espace, j'écoute le vent caresser le roc, l'herbe qui ploie et la Terre qui tient bon sous mon pas.

 


 

 

jeu.

06

oct.

2011

8 septembre 09:19, Alpi maritimi

Réflexion

 

Il est bizarre ce corps.

Est-ce le mien ?

 

Quand on marche, on ne se voit pas, on voit le monde.

On vit dans sa relation au monde, sans vision réflexive. 

On se vit pleinement, sans se regarder vivre.

 

Je viens d'avoir 49 ans.

Je viens de perdre 18 kilos.

 

Il aura suffi d'une journée de pluie battante pour que je croise, surpris, ce corps dans un miroir. Les kilos fondus le rajeunissent et, conjointement, vieillissent le visage. Les rides se creusent quand les muscles émergent.  J'essaye de me retrouver, de m'accepter, dans ces rides, dans ces muscles. La montagne m'a changé, physiquement aussi.

 

 

 

mer.

05

oct.

2011

21 août 16:44, Escartons

Le chemin des Escartons

 

Il n'y a pas de torrent ici, la vallée n'est que silence. L'herbe est rase, les moutons sont repartis. J'avance sur le chemin comme sur un fil tendu au creux du vallon.

 

Autour de moi, la montagne retient son souffle et me regarde la traverser, comme jadis elle surveillait le passage des colporteurs en écriture qui passaient d'un escarton à l'autre. Les plumes à leur chapeau reflétaient leur savoir: une plume pour les lettres, une autre pour les chiffres et une autre encore pour le latin.

 

A mon chapeau, il y a une plume de chocard et c'est la piste d'un loup que j'imagine croiser ici.

 

 

mar.

27

sept.

2011

4 juillet 16:20, Alpes Carniques

Andiamo !

Le départ est lent ce matin.

 

Flânerie au soleil. Café sur une terrasse, ou chocolat chaud. Station vide au milieu des deux semaines de traversée des Carniques, Nasfeld n'a pourtant rien pour nous retenir. Hypnose des choses vides... il y a un certain confort à n'être confronté à rien.

 

On part alors que le soleil est déjà haut. On s'élève sous les remonte-pentes inutiles. En croisant la piste de luge d'été, Niels veut descendre et remonter mécanique. On hésite, on refuse, envie d'avancer maintenant. On lui promet trois descentes et remontées à Fontgillarde, plus tard, plus loin.  Lui croyait que ces trois mois de marche, c'était prendre le temps pour soi, le temps de s'amuser. On hoche la tête. On repart.

 

On aurait manqué la rencontre, plus haut, de cet archéologue italien. Pour nous, il déniche des silex, des cristaux de roche et puis des traces de la Grande guerre. Il fait revivre les soldats italiens embusqués l'hiver dans des tranchées à plus de 2000 mètres d'altitude, tout au long des crêtes. Grattant la terre, il retrouve les cendres de leurs feux. On parle de Berlusconi, du désastre pour la culture et la science italienne, des moyens coupés pour l'archéologie. 

 

Andiamo !  L'orage approche, il ne faut pas tarder à passer la falaise. L'archéologue nous rassure: Tutto bueno. Lui redescend. Il nous offre un fossile et emporte le petit cristal de roche, "pour le musée" dit-il en s'éloignant.

 

L'orage nous rejoindra sur la falaise, violent. Veste, housse de sac, on baisse la tête et on avance. Passé le col, on est de l'autre côté de l'orage. Accalmie, soleil, la montagne scintille de cette lumière d'après l'orage, dense. On se dévêtit et étale tout à sécher, le temps d'un goûter.

 

 

 

dim.

25

sept.

2011

16 juillet 18:24, Dolomites de Sexten

Penser

penser ...

penser à la journée qui vient de se terminer

penser au col, au sommet, aux vallées,

penser simplement à la montagne qui défile devant nos yeux ébahis

penser aux sons des oiseaux, au vent dans les cols, au brame du cerf

penser aux pas que nous faisons et qui nous permettent de relier deux vallées, deux massifs;      ces pas qui nous ont permis de relier deux mers ...

penser au bruit de la pluie qui vient frapper sur le toit de notre tente, au bruit du torrent qui relie  les glaciers à la mer : c'est un peu le chemin que nous avons suivi, nous avons été pendant  trois mois des torrents, des lacs, des fleuves pour venir nous échouer dans la Mer  Méditerranée

penser à tellement de choses qu'il est impossible de les citer toutes, mais surtout.. ne  pas  penser au retour, aux voitures, à l'excitation,....

penser à rien, faire le vide,...

 

 

mar.

20

sept.

2011

29 août 08:02, Ubaye

Faire le dedans dehors

 

Comme un escargot, porter sa maison sur son dos.  Puis le soir venu, la déplier pour s'y replier, chez soi. Pouvoir simplement se poser là. Parce que l'envie est là. Que la vue est belle. Que la pluie arrive. Que la fatigue vient. Que ce soir, ce sera là.

 

Toute la journée, habiter le dehors et le soir venu en faire son chez soi. Le sac lourd rend le voyage plus libre.  

 

La chienne aussi pose son sac. Et pendant que d'une toile nous construisons notre dedans, elle s'envole dans un galop fou et tournoie autour de nous. Explosion, débandade effrénée, célébration de la montagne.

 

Puis elle s'allonge, haletante, devant la tente.

 

 

dim.

18

sept.

2011

16 septembre 14:45, Nice

Le sommet

 

Il n'aime pas les sommets.

 

Nous montons pourtant. Le vent devient vif. Je marche devant. Il suit. Le chemin s'élève dans la caillasse. A chacun de nos pas, la montagne s'écoule.

 

Je marche vite. Son pas est lourd derrière moi. Nous arrivons sur une crête. Le vent veut emporter mon chapeau. Je l'enlève et le glisse dans une poche. Je courbe le dos. Le vent est comme une barrière qu'il faut forcer. Sur l'arrête, le chemin hésite puis, au-delà du dernier éboulis, débouche sur le sommet.

 

Le regard porte loin. Je tourne sur moi-même et regarde encore. Des montagnes bleues, comme une mer à mes pieds. Et le vent encore. Je tourne. Face au vent, j'ouvre les bras, comme l'oiseau prêt à l'envol, et je reste là dans ma veste qui claque.

 

"Je n'aime pas les sommets"

 

Sa voix basse suspend mon vol. Il est assis sur le caillou sommital et regarde le col en contre-bas. Je l'entends marmonner: "Un sommet ne mène nulle part, on ne peut que redescendre".

 

 

jeu.

15

sept.

2011

29 juin 15:31, massif du Triglav

Le sein

 

Enfin, la montagne se met à couler.

Elle était si sèche ces derniers jours. Brûlure du soleil sur la peau et la pierre.

 

Je me laisse inonder. Et, lancinante, la question me revient: 

"Quand je quitte la montagne, les torrents s'arrêtent-ils de couler?"

 

Il ne peut en être autrement.

 

La montagne est un sein,

que je prends de mes lèvres avides,

que je gravis et carresse,

que je recherche dans les rues de la ville,

que je retrouve éperdue.

 

lun.

12

sept.

2011

4 Juillet 17:53, Alpes Carniques, grotte du diable

L'oeil

 

 

L’œil était au fond de la grotte, à mi-hauteur de la paroi.

La pupille avait la couleur de la pierre, noire, humide.

Aucune vie n’y cillait.

Autour, l’iris formait un anneau étroit de couleur claire.

 

L’œil regardait le lac intérieur et s’y mirait.

Ridée, l’eau rendait mal les quelques veinules rouges qui le traversaient.

Nulle paupière ne venait la soustraire au regard de l’œil.

 

L’œil regardait l’eau et l’eau se ridait.

La grotte toute entière était creusée dans ce regard.

 

L’œil regardait l’eau, jusqu’à s’y diluer en ronds concentriques

qui se mirent à clapoter, érodant les parois de la grotte.

 

L’œil n’est plus au fond de la grotte.

Au fond de la grotte, à mi-hauteur de la paroi,

il ne reste plus qu’une trace blanche, en forme de larme.

 


 

sam.

10

sept.

2011

22 juillet 15:56, massif de la Bernina

Cairn

 

J'ai rêvé que dans mon ventre dur, une montagne creusait ses racines.

Elle était de roche et d'os.

Et je la trimbalais, partout en moi.

Les jours de brouillard, elle se nappait de vide et ma tête alors seule émergeait.

 

 

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ven.

09

sept.

2011

18 juillet 12:57, Dolomites de Sexten

Ce chien de mer

 

La montée est raide sous les pins Cembro. Bientôt, je le sens, la lumière va prendre le pas sur l'ombre. J'arrive à la limite des arbres. Au prochain lacet sans doute, je vais basculer dans l'alpe.

 

Je conserve le rythme, l'accélère même, je suis seul devant. J'aime cela. Défricher, prendre le pas premier, me pousser en avant, plus vite si la montée est plus raide.  Le regard porte juste devant. Un mètre, deux mètres ?  Il faut anticiper le placement du pied. Créer Ce balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure comme disait Léo.  Le balancement de la marche est pareil à celui de la vague. Comme la marée qui porte à avancer, à conquérir la plage, la mouiller devant soi.

 

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle

 

Le lacet, les arbres s'effacent, la lumière arrive, je tourne : il est là.

 

Inondé de lumière, chien de mer échoué sur une plage improbable. Baleine, phoque? L'usure du temps ne distingue plus. Mais il est luisant encore de la marée à peine retirée. Son oeil fige mon pas.  Son regard défie le temps, l'espace, l'espèce, la réalité. Je me suis arrêté. Comment cette souche brune, presque noire, usée par les orages, brulée par la lumière, raidie par l'altitude et les hivers a-t-elle pris cette forme, cette attitude, ce regard de chien de mer.

 

La marée je l'ai dans le coeur
Qui me remonte comme un signe

 

Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre


Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où nous remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

 

Longtemps je garderai le regard de ce chien de mer comme un message personnel, violent et protecteur. Le laissez-passer d'un gardien m'ouvrant un monde nouveau. Regard qui transcende le voyageur. Le fait basculer à l'intérieur du paysage, traverser le décor pour en être partie, intimement. Enfin. 

 

 

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mer.

07

sept.

2011

4 août 15:15, Glacier des Dix, Valais

Aliénation

 

Le passage du col de Riedmatten est étroit. Je me faufile. De l'autre côté, en contre-bas, il y a le glacier. Il y avait le glacier. Il n'en reste rien. Rien qu'une langue décharnée, grise et sale. Quelques mètres à peine. C'était le glacier de mon enfance.

 

Mon premier glacier...

 

On s'était levés tôt. On était partis à la fraîche. Mon père marchait devant. J'avais huit ans. Après deux ou trois heures de montée, nous sommes arrivés au Pas de chèvre. Une double échelle. Une vingtaine de mètres de descente verticale et métallique. Je serre fort les échelons glacés. Je descends lentement, sécurisée entre les bras de mon père. Une première échelle. Un grand pas dans le vide. Une deuxième échelle. En bas, le glacier. J'y prends pied, prudente. Et je m'en vais rejoindre Frison-Roche, Rébuffat et tous les premiers de cordées dans leur liberté de pierre et de glace.

 

Quarante ans plus tard, il ne reste rien. Ma liberté s'est consummée dans l'alliénation consommatrice des hommes.

 

lun.

05

sept.

2011

18 Juillet 14:06, Dolomites de Sexten

comme une suite de Bach

 

Le regard a choisi la pierre. 

 

Il choisit la longueur de la foulée, calcule la vitesse qui amenera le pied à l'instant "juste". L'instant "juste", c'est important. Cet instant où le pied basculera le corps, le balancera vers l'incertain du pas suivant.   S'il n'est pas juste, si la foulée n'est pas bonne, la vitesse non ajustée, alors le rythme est brisé, celui du pas, rythme intérieur. 

 

Du regard qui calcule au pas qui bascule, le mouvement descend. La tête s'incline, les épaules tournent, à peine, et placent les hanches qui entraînent les cuisses. Les jambes feront le reste, hors du regard qui, déjà, a glissé au pas suivant, et cherche la pierre...

 

Marcher c'est danser. Je me souviens que la musique est belle quand la note survient comme une surprise prédictible.  Marcher en montagne, c'est ajuster la surprise d'un sentier à la prédictibilité de son balancement intérieur. 

 

Marcher en montagne, c'est danser une suite de Bach.

 

 

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dim.

04

sept.

2011

19 août 11:33, Massif du Mont Thabor

Le rythme du Samulnori

Le chemin est caillouteux. L'enfant marche. Ses chevilles se tordent. Ses bottines heurtent les pierres. Il avance vite. Il s'est donné un rythme, une chanson qu'il martèle dans sa tête et il force ses jambes à la suivre, kung ta ta kung ta ta kung ta ta kung ta ta. Pour occuper ses yeux, il se concentre sur les pierres qui manquent au chemin, les quelques pierres déssillées dont l'empreinte marque encore le sentier. Il avance, vite.

 

 

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jeu.

21

juil.

2011

24 Juin 15:38, presque à Pedbordo, Slovénie

Voyage

 

Mais où commence le voyage? 

 

Est-il une question de lieu ou de temps? Commence-t-il avant, quand tout n'est qu'aspirations qui nous projettent dans des images floues, excitantes et paralysantes à la fois? Ou pendant, dans l'inspiration que nourrit chaque pas sur le chemin?

 

Entre les deux, il y a la marche d'approche, celle qui dépouille peu à peu, qui rend prêt. L'avion la réduit à néant et transplante le voyageur dans un décor. Le rythme du train l'emmène plus sûrement dans l'ailleurs.

 

Le train remonte une rivière turquoise. Se glisse au creux des premières montagnes. Nous arrivons à Pedbordo, Dans moins d'une heure, nous chargerons nos sacs à dos et commencerons à marcher sur le chemin.

 

 

 

 

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jeu.

21

juil.

2011

28 juin 16:17, vallée des 7 lacs, Triglav

Hésitations

 


" Tout ce que j'ai vécu sur la Via me manque déjà ! " 

 

A chaque nouvel endroit où s'arrêter pour manger ou camper, Niels dit qu'il ne l'aime pas. Hésitation, inconnu, malaise. Puis, au moment de le quitter, il lui manque... déjà. 

 

Toute la journée, nous avons marché sur des cailloux calcaires, acérés, blancs et brûlants. Ushka en a mal aux coussinnets. J'ai senti la morsure du soleil sur la nuque, les jambes et les bras.

 

Ce soir, un lac. Une eau claire, limpide. Jephan nage, je m'allonge dans l'eau. Niels hésite tant qu'il tombe tout habillé, ses godasses sont trempées. Geoffroy plonge un orteil. Tout autour, l'eau coule sous les lapiaz de roche.

 

On y pose la tente comme sur une rivière à peine asséchée qui bruisserait encore.

 

 

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sam.

16

juil.

2011

17 Juillet 2010 17:10, Dolomites de Sexten

fleurs

 

 

Elle a planté sa tente au milieu du pré. De la route, les gens la regardent. Elle intrigue. Ce n'est pas un endroit pour s'installer. Le pré était vide alors elle s'y est posée, au milieu des fleurs.

 

Elle aimerait faire signe aux gens qui la regardent, leur dire "Voyez, j'ai choisi les fleurs".

 

Mais peut-être les gens regardent-ils seulement si elle n'écrase pas les fleurs?

Alors, elle rentre dans sa tente pour ne plus voir ni les gens, ni les fleurs.

 

 

 

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jeu.

14

juil.

2011

8 août 11:46, Lac de Mauvoisin, Valais

L'essence ciel

 

J'ai déclenché.

 

A la verticale. Ebloui par le soleil, j'ai eu du mal à cadrer. J'ai senti l'image plus que je ne l'ai vue.  Les masses de lumière se parlaient entre elles, je crois. Une photo, si elle parle, c'est toujours une histoire, il faut que le temps s'y déploie dans l'espace.

 

Dans celle-ci, l'essence des choses : roche, eau, ciel.  L'eau jaillit de la roche au ciel. Comme une éjaculation, elle quitte la roche pour féconder le ciel qui l'absorbe, la fait sienne. 

 

Plus bas, le ruisseau n'est plus. L'air a tout pris. Reste un peu de condensation sur nos visages. Plus haut, l'air se perle.

 

Ainsi naquirent les aigles.

 

 

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lun.

11

juil.

2011

30 Juillet 15:19, Jungen, Valais

"Peut-on faire confiance à ce truc?"

 

C'est notre premier jour dans le Valais.  Le quai de Sint Niklaus, un buffet de la gare, une saveur de nulle part. La montée s'annonce rude : 1800 mètres. Jephan a besoin de remontant; Niels teste l'ovomaltine.

 

On part. On cherche le sentier. On nous parle d'un téléphérique. On se perd un peu. On redescend, remonte. En effet, il y a là une cabine, minuscule, qui monte à Jungen. Prochain départ dans une demi-heure.

 

Je suis le cable des yeux. C'est raide... Les enfants n'envisagent plus de monter autrement. Je ne dis rien. Ils partent les premiers.  Sac à dos sur les genoux, entassés avec deux grands chiens, leurs maîtres et du matériel de construction. 

 

Peut-on faire confiance à ce truc qui s'élève presque à la verticale et balance interminablement, puis soudain s'arrête, bulle suspendue dans le vide?  Il n'y a pas d'autre moyen pour arriver à Jungen, hormis le sentier que nous ne trouvons pas, que plus personne n'emprunte, trop raide. Je le devine un instant en contre-bas, accroché à la falaise. On est haut… je ne sais plus où regarder...

 

Jungen enfin. 

 

Village de carte postale perché au milieu d'un rêve suisse. Propret, accueillant, impayable sûrement. Ici, ni bouse, ni odeur de vache mais quelques drapeaux rouges et blancs qui claquent au vent de la vallée.

 

Nous pique-niquons au bord du petit étang, tables et bancs, fontaine, four à pain. Un groupe de randonneurs redescend, parle haut, se baigne les pieds, occupe l'espace, enfile un Tshirt propre pour la vallée, se crème, et repart derrière leur guide.

 

Il nous reste encore 900 mètres de montée. Le chemin serpente à travers la sieste des bouquetins. Les nuages tardent à se dissiper; on devrait voir le Cervin. L'aigle royal nous survole.

 

Soudain, un bouquetin renifle Ushka, jette un souffle rauque et reste là, si proche.

 

 

 

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sam.

09

juil.

2011

24 Juillet 12:36, Bernina

Liberté de roche et de glace

 

Nous quittons la Via, trop sage. Envie de sauvagerie, de roche et de glace.

 

Le sentier frôle le torrent qui descend furieux. Nous montons vers le coeur de la Bernina. La vallée nous aspire et se ferme derrière nous. Première ambiance de haute montagne.

 

Il y a là-haut un cimetière d'alpinistes qui n'existe pas, ou ce n'est pas un cimetière. Nous le cherchons… Des hommes sont morts ici en avril 1917, musellés par l'avalanche de La Musella. Nous ne rencontrons personne. 

 

1°C sous la tente, le glacier est proche. Je lis "Zazie dans le métro" à haute voix.

 

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ven.

08

juil.

2011

2 juillet 06:00, Chapelle Madonna de la Neva, Alpes Carniques

Madonna de la Neva

 

Hier soir, nous avons planté la tente sur le fil entre Autriche et Italie, face à la petite chapelle. Madonna de la Neva. L'un de nous a tiré la cloche, aigrelette par delà la crête.

 

La Madonne est gardée par les vaches.

 

Toute la soirée, nous les repoussons. Sans cesse, elles reviennent, reniflent, cherchent à comprendre, puis repartent, enfin. Au clair de la lune, elles sont là, à nouveau. Geoffroy sort nu les chasser encore, gesticulant. Ushka aboie. Carillon de clarines qui s'égaient.

 

5h30, c'est le matin ... presque.

Elles sont là !

 

 

 

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jeu.

07

juil.

2011

21 août 17h18, Escartons

Le chemin

 

Le chemin s'étire déjà loin derrière nous. Je me souviens des premières semaines. Seul le coca autrichien nous faisait avaler les cols… Je construisais alors ma bulle de l'instant présent, fragile cocon que je déplaçais comme une carapace sécurisante. Ne considérer que le mètre devant moi, coloré aux couleurs des pierres du chemins, des fleurs qui le bordent; lui seul existe. Plus loin est flou, gris, incertain et peurs mêlées.

 

Aujourd'hui, cheminer est devenu notre mode de vie. 1000 mètres de dénivelé? 1000 mètres de dénivelé! On ne (ré)fléchit plus, on avance.

 

De mètre en mètre, j'ai coloré le chemin; l'incertain s'amenuise. Je commence à croire que la mer n'est plus très loin.

 

 

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lun.

04

juil.

2011

27 juillet 2010 15:14, Juff, Engadine

C'est bien pour rêver ...

 

Cheveux courts et sombres, comme moi. Sac  "MacPac", comme moi. Jambes longues, rythmées et qui connaissent les sentes, comme moi dit mon homme. Elle est de Zurich. La musique de la langue allemande teinte son français.

 

 "J'aime randonner seule… c'est bien pour rêver !"

 

J'ai moi aussi randonné seule, au rythme de mes pensées. Aujourd'hui, nous marchons à douze pattes et composons ensemble nos envies, nos craintes, nos fatigues et notre avancée. Mais depuis quelques jours, je me sens poussée, tirée. Trop, il y a comme un stress. Nous parlons rythme, objectif… Avancer! Décompte de jours et d'étapes… peur de perdre des jours.

 

L'appelstrüdel de ce matin a tout changé.

 

Les napperons sur les tables, un beau service, les étagères pleines de confiture maison. Des petits gâteaux qui accompagnent le café. Le chocolat chaud est vrai, onctueux. La dame qui nous sert parle de son mari qui fait tout maison, on sent leur amour qui passe. Une odeur maternante de salon de grand-mère. L'hôtel Chesa fait partie du réseau Slow Food. Nous y pausons le temps d'une averse. La salle est pleine d'ouvriers qui doivent tenir à la chaleur particulière qui ici donne son arôme au café du matin.

 

Nous nous sommes reservis. Nous avons goûté l'appelstrüdel. Et j'ai marché Slow toute la journée, avec Jephan le matin, seule l'après-midi. J'ai retrouvé la saveur de chaque pas, pris le temps de ressentir le chemin, d'y couler le rythme de mes pensées. J'ai retrouvé l'errance... C'est bien pour rêver.

 

Nous descendons sur Juf, déposé entre brumes et herbages. A Juf, l'auberge est complète. La Suissesse devra prendre le bus encore quelques kilomètres.  Nous posons nos tentes dans le pré fraîchement coupé.

 

 

 

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sam.

02

juil.

2011

29 juin 15:22, Triglav, Slovénie

Féerie

 

Des heures que je descends en apnée, interminables.

Marche évidée, cadencée aux chants de troupe des enfants.

 

Nous quittons les cailloux calcaires, arides et rêches des Triglav. Mes pieds apprécient l'onctuosité sauvage de la hêtraie que jalouserait la Forêt de Soignes. Frondaisons naturelles, ombres.

 

Soudain, en bordure de chemin, de l'eau, une cascade, des vasques moussues, des nymphes.

 

De l'eau…

 

 

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jeu.

30

juin

2011

3 août, 21:04, La Sage, Valais

La corde

 

Geoffroy et les enfants dégringolent sur La Sage. "T'as vu le mec? comme il est baraqué… ses mollets, ses cuisses!" s'écrie une promeneuse.

 

Moi, je descends et remonte à la fois dans le temps. 40 ans en arrière. J'ai 7 ans, je découvre la montagne, à La Sage: le Pigne d'Arolla, la cabane des Aiguilles rouges, le lac bleu, les mazots, les clarines, les raclettes, la marche et le car postal. J'avance dans mes propres traces de petites bottines; je rêve que le village m'accueille comme l'enfant revenue au pays.

 

Déception… je n'y reconnais rien… Où est la poste? et l'aire de pétanque? et la terrasse aux jus de pomme pétillants? Il y a trop de chalets, trop de voitures. Je me sens refoulée sur les bas-côtés. Où mettre la tente?

 

Nous parions sur la butte de la Chapelle Saint-Christophe, en contre-bas du village qui ne nous voit même pas. Un car postal monte en chantant dans les virages. Soudain Niels tire sur la corde qui pend devant la chapelle. La cloche tinte une fois, deux fois… et la dent blanche se découvre.

 

 

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mer.

29

juin

2011

28 août 12:15, Fontgillarde, Queyras

Tarine

 

Je cherche le regard. Il y a là quelque chose d’impossible à capter. Une forme d’absence. Ce n’est pas vide, non, c’est plein d’ailleurs. Présent à une autre dimension, indicible, flou, émouvant. D’une émotion qui me touche mais que je n’atteins pas.

 

Le regard d’une vache n’est jamais net, la mise au point ne s’y ajuste pas. Sa profondeur la place ailleurs, plus loin.

 

A fréquenter ces altitudes, nous commençons à vivre ce « plus loin », à reconnaître en nous cette forme d’absence présente. Ne pas se poser de questions réflexives, être simplement, conjointement, sa propre force et sa douceur.

 

 

 

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lun.

27

juin

2011

23 août 16:54, Queyras

Oh Lac

 

La note s'élance claire, limpide, frappe la paroi d'en face, revient, ricoche sur l'eau, la ride, passe sous la note suivante, l'emporte, vibre avec elle, puis se perd, insaisissable.

 

Niels est face au lac. Il chante avec la montagne. Duettistes.

 

Ils jouent avec la note, comme avec l'air qui la porte. Il lui donne vie, la caresse, l'envoie vers la montagne qui la caresse à son tour et elle revient vers lui en écho sur l'onde de laquelle il dépose une autre note. Ni noires, ni blanches, elles ne sont inscrites dans aucune forme; ils les inventent en les écrivant.

 

Ainsi en est-il aussi de notre marche, qui nous décompose, nous désinscrit de ce que nous savions ou croyions être. Dans cet espace ouvert, nous pouvons commencer à écrire, déliés jusqu'au rire.

 

Décomposition, composition, pause.

 

Planter la tente ? Le grand corbeau nous y invite.  Mais l'eau claire manque. Nous venons de basculer dans le Queyras, familier à notre coeur. Envie de s'y laisser glisser. Quatre heures et 1300 mètres plus bas, la pizzeria du camping d'Abriès. 

 

Depuis le bac à vaisselle sale, un lérot nous regarde rire de fatigue.

 

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lun.

13

juin

2011

3 septembre 8:44, Alpi Maritimi

Brumes

 

Le camp est tout embrumé ce matin. Le soleil brille, plus haut; ici, il fait froid. Plantées au bord du chemin, les tentes sont sur celui des vaches. Il nous faut tout à la fois les surveiller, démonter le camp, les écarter, tenir Ushka, refaire les sacs.

 

J'ai déjà fini le mien. Les hommes traînent, embrumés? J'ai froid. Je pars, 25 minutes avant eux, rejoindre le soleil et des chamois. L'herbe est haute. Aucun bétail ne broute ici. Seuls les chamois. Ils nous surprennent à chaque détour du chemin et nous regardent passer.

 

Nous rêvons… Et si on les équipait d'une caméra, pourraient-ils témoigner, sur les quais de notre métro, d'un peu de sauvagité? Et si on emmenait ceux que l'on nomme décideurs se perdre ici sous leur regard?  Au col, nous passons à côté d'un refuge surmonté d'une cabine toute vitrée: un observatoire de la faune.

 

Il y a un robinet. Je m'y lave les cheveux.

 

 

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lun.

13

juin

2011

23 juin 22:30, Trieste

La main dans l'Adriatique

 

Trieste, bord de mer. Prendre un verre sur un ponton flottant.

Sur l’autre rive, un Italien parle au téléphone avec les mains.

 

« Pas envie » dit Niels

 

Toucher l'eau ici, maintenant.

Redouter demain, douter du chemin, du poids du sac, de ses genoux, de son dos qui déjà rechigne. Douter d’y emmener les enfants.

 

Douter et ramener l’attention au moment qui seul existe.

La minute est. Facile, évidente. Tout est là.

 

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jeu.

09

juin

2011

29 août 8:02, Lac longet, haute Ubaye

Viso

 

Hier soir, je regardais le Viso prendre des poses. Comme un vieil ami dont on veut garder le portrait.

 

D’abord doucement, il change de couleur, de tonalité, de profondeur. Puis, plus vite, jusqu’à cet embrasement final du sommet qui vascille et s'éteint comme se souffle une bougie.


Je m’endors pensant que les pierres bougent. Pensant qu’il n’y a pas, jamais, une image, un instant, qui soit semblable, identique au précédant. Impermanence, merveilleuse impermanence qui ouvre à la multitude infinie des dimensions de l’instant.

 

Et la chance d’en être.


Au levé, un instant, le vent suspend son souffle. Le lac lissé disparaît comme un miroir s’efface sous l’image qu’il crée. Le Viso se dédouble en une lame parfaite.  Il n’y a plus de pierre, ni d’air, ni d’eau: tout est lumière.

 

La montagne n’est que lumière, impermanente et dédoublée.

 

Croire en la permanence et la concrétude des choses,

est-ce fuir le reflet vivant de sa propre impermanence ?

 

 


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lun.

19

juil.

2010

Le soir se pose en Ubaye

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19

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Argentera

lun.

19

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Après la Maurienne, début du Thabor

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Triglav, le bouquetin passe

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Triglav, juste un regard

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Trieste, dernière nuit avant la tente

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2 bouquetins, alpi maritimi

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Madame Isola 2000

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avion du toît 6 septembre 12:29, Alpi maritimi

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bouquetin slovène falaise

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arbre-coeur 23 Juillet 18:43, Massif de la Bernina