ven.

09

sept.

2011

18 juillet 12:57, Dolomites de Sexten

Ce chien de mer

 

La montée est raide sous les pins Cembro. Bientôt, je le sens, la lumière va prendre le pas sur l'ombre. J'arrive à la limite des arbres. Au prochain lacet sans doute, je vais basculer dans l'alpe.

 

Je conserve le rythme, l'accélère même, je suis seul devant. J'aime cela. Défricher, prendre le pas premier, me pousser en avant, plus vite si la montée est plus raide.  Le regard porte juste devant. Un mètre, deux mètres ?  Il faut anticiper le placement du pied. Créer Ce balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure comme disait Léo.  Le balancement de la marche est pareil à celui de la vague. Comme la marée qui porte à avancer, à conquérir la plage, la mouiller devant soi.

 

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle

 

Le lacet, les arbres s'effacent, la lumière arrive, je tourne : il est là.

 

Inondé de lumière, chien de mer échoué sur une plage improbable. Baleine, phoque? L'usure du temps ne distingue plus. Mais il est luisant encore de la marée à peine retirée. Son oeil fige mon pas.  Son regard défie le temps, l'espace, l'espèce, la réalité. Je me suis arrêté. Comment cette souche brune, presque noire, usée par les orages, brulée par la lumière, raidie par l'altitude et les hivers a-t-elle pris cette forme, cette attitude, ce regard de chien de mer.

 

La marée je l'ai dans le coeur
Qui me remonte comme un signe

 

Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre


Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où nous remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

 

Longtemps je garderai le regard de ce chien de mer comme un message personnel, violent et protecteur. Le laissez-passer d'un gardien m'ouvrant un monde nouveau. Regard qui transcende le voyageur. Le fait basculer à l'intérieur du paysage, traverser le décor pour en être partie, intimement. Enfin. 

 

 

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