Le massif de l'Argentera

Ici commencent à s'empiler les regards plus anciens qui concernent notre avancée à travers le massif de l'Argentera.

 

sam.

01

juin

2013

3 septembre 15:54, Argentera

La botte de l'Italie, gorgée de pluie

 

 

 

 

Niels décrète que ce ruisseau ressemble à l'Italie.

 

Et c'est vrai que le flot s'y engorge comme les Alpes se glissent dans la botte. Et juste avant, la plaine du Pô se lisse. C'est précisément la carte laissée sur la porte des toilettes, à la maison. Pendant des mois, nous y avons anticipé le chemin. Nous projetant dans chaque massif, imaginant les vallées, les longueurs, les reliefs.

 

Un trait rouge y court. Tracé d'Est en Ouest, il joint l'Adriatique à la Méditerrannée, la Slovénie à la Provence. Immanquablement, il me fait penser au contour d'un brocoli. Bientôt trois mois que nous suivons ce trait de brocoli, le délaissant parfois, sautant des bouts, le recroisant plus loin.  Il a toujours été là, qui nous attend, à la maison.

 

Quand Niels joyeux, découvre l'Italie, nous sentons tous, sans le dire, qu'il y a là plus qu'une carte. Comme toutes les cartes, celle-ci porte en elle les rêves du flot qui la dessine. Nous repartons légers. Le chemin descend. Il suit le ruisseau qui, déjà, devient torrent.

 

 

 

 

ven.

30

déc.

2011

3 septembre 12:43, Argentera

Le dialogue de flous

L'image est floue, confuse.

 

Pourtant, je n'arrive pas à la jeter. Quelque chose m'en empêche. Comme un balançement léger, presque une danse, entre Anne et la première vache. Derrière, les autres, plus nettes, font corps avec la première. Regardant la scène, elles la portent. Le net renvoyant au flou, le légitimise.

 

Anne est face au troupeau et quelque chose d'indécis se passe, entre elles. Quelque chose de suspendu, qui n'appartient qu'à elles, nous échappe dans son contenu mais pas dans sa présence. Un dialogue de flous.

 

Ainsi, l'image témoigne sans dire, raconte sans figer. Et si je n'arrive pas à la jeter, c'est parce que son histoire est juste. Elle est juste parceque la vie est comme elle, une danse floue et confuse.

 

 

ven.

09

déc.

2011

6 septembre 14:27, Alpi Maritimi

La mouche

 

 

 

 

Les bouquetins sont des êtres placides qui, comme les vaches, regardent passer les touristes. Ceux-ci veulent capturer l'animal dans leur boîte digitale. Ils rusent pour approcher au plus près. Ils marchent à croupeton, l'oeil rivé à l'écran de l'appareil. Leurs pieds buttent sur les pierres que cache l'écran. Les bouquetins les regardent avancer. Parfois, une mouche plus hardie se pose à même leur museau. Ils sortent alors de leur placidité.

 

 

jeu.

06

oct.

2011

8 septembre 09:19, Alpi maritimi

Réflexion

 

Il est bizarre ce corps.

Est-ce le mien ?

 

Quand on marche, on ne se voit pas, on voit le monde.

On vit dans sa relation au monde, sans vision réflexive. 

On se vit pleinement, sans se regarder vivre.

 

Je viens d'avoir 49 ans.

Je viens de perdre 18 kilos.

 

Il aura suffi d'une journée de pluie battante pour que je croise, surpris, ce corps dans un miroir. Les kilos fondus le rajeunissent et, conjointement, vieillissent le visage. Les rides se creusent quand les muscles émergent.  J'essaye de me retrouver, de m'accepter, dans ces rides, dans ces muscles. La montagne m'a changé, physiquement aussi.

 

 

 

lun.

13

juin

2011

3 septembre 8:44, Alpi Maritimi

Brumes

 

Le camp est tout embrumé ce matin. Le soleil brille, plus haut; ici, il fait froid. Plantées au bord du chemin, les tentes sont sur celui des vaches. Il nous faut tout à la fois les surveiller, démonter le camp, les écarter, tenir Ushka, refaire les sacs.

 

J'ai déjà fini le mien. Les hommes traînent, embrumés? J'ai froid. Je pars, 25 minutes avant eux, rejoindre le soleil et des chamois. L'herbe est haute. Aucun bétail ne broute ici. Seuls les chamois. Ils nous surprennent à chaque détour du chemin et nous regardent passer.

 

Nous rêvons… Et si on les équipait d'une caméra, pourraient-ils témoigner, sur les quais de notre métro, d'un peu de sauvagité? Et si on emmenait ceux que l'on nomme décideurs se perdre ici sous leur regard?  Au col, nous passons à côté d'un refuge surmonté d'une cabine toute vitrée: un observatoire de la faune.

 

Il y a un robinet. Je m'y lave les cheveux.

 

 

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sam.

03

juil.

2010

avion du toît 6 septembre 12:29, Alpi maritimi