Le Queyras

Le Queyras, on n'y accède que par les gorges du Guil. Il faut s'y faufiler, espérer que rien n'entrave l'entrée. Parfois, le Guil enfle tant que le Queyras se referme sur lui-même. Depuis que Jephan a trois mois, deux fois par an, nous remontons le Guil jusqu'à la vallée des Aigues. Et c'est au fond de ces groges que la fatigue de la route s'estompe et que je ressens cette impression d'arriver chez moi, dans ces villages entre terre et ciel que veille le Grand Queyras.

 

Quelques images

sam.

11

févr.

2012

28 août 12:25, Queyras

A flanc de vache

 

 

Les vaches sont comme des mouches, jamais loin.  Les randonneurs chassent les vaches et les vaches reviennent, toujours. Elles ont le muffle humide et curieux. Les randonneurs se racontent des histoires de vaches qui les piétinent, leur tente, leur sac. Ils s'agitent, courent un bâton au poing. Ils chassent les vaches et les vaches reviennent, toujours. Les randonneurs, eux, ne font que passer.

 

 

mer.

29

juin

2011

28 août 12:15, Fontgillarde, Queyras

Tarine

 

Je cherche le regard. Il y a là quelque chose d’impossible à capter. Une forme d’absence. Ce n’est pas vide, non, c’est plein d’ailleurs. Présent à une autre dimension, indicible, flou, émouvant. D’une émotion qui me touche mais que je n’atteins pas.

 

Le regard d’une vache n’est jamais net, la mise au point ne s’y ajuste pas. Sa profondeur la place ailleurs, plus loin.

 

A fréquenter ces altitudes, nous commençons à vivre ce « plus loin », à reconnaître en nous cette forme d’absence présente. Ne pas se poser de questions réflexives, être simplement, conjointement, sa propre force et sa douceur.

 

 

 

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lun.

27

juin

2011

23 août 16:54, Queyras

Oh Lac

 

La note s'élance claire, limpide, frappe la paroi d'en face, revient, ricoche sur l'eau, la ride, passe sous la note suivante, l'emporte, vibre avec elle, puis se perd, insaisissable.

 

Niels est face au lac. Il chante avec la montagne. Duettistes.

 

Ils jouent avec la note, comme avec l'air qui la porte. Il lui donne vie, la caresse, l'envoie vers la montagne qui la caresse à son tour et elle revient vers lui en écho sur l'onde de laquelle il dépose une autre note. Ni noires, ni blanches, elles ne sont inscrites dans aucune forme; ils les inventent en les écrivant.

 

Ainsi en est-il aussi de notre marche, qui nous décompose, nous désinscrit de ce que nous savions ou croyions être. Dans cet espace ouvert, nous pouvons commencer à écrire, déliés jusqu'au rire.

 

Décomposition, composition, pause.

 

Planter la tente ? Le grand corbeau nous y invite.  Mais l'eau claire manque. Nous venons de basculer dans le Queyras, familier à notre coeur. Envie de s'y laisser glisser. Quatre heures et 1300 mètres plus bas, la pizzeria du camping d'Abriès. 

 

Depuis le bac à vaisselle sale, un lérot nous regarde rire de fatigue.

 

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