23 août 16:54, Queyras

Oh Lac

 

La note s'élance claire, limpide, frappe la paroi d'en face, revient, ricoche sur l'eau, la ride, passe sous la note suivante, l'emporte, vibre avec elle, puis se perd, insaisissable.

 

Niels est face au lac. Il chante avec la montagne. Duettistes.

 

Ils jouent avec la note, comme avec l'air qui la porte. Il lui donne vie, la caresse, l'envoie vers la montagne qui la caresse à son tour et elle revient vers lui en écho sur l'onde de laquelle il dépose une autre note. Ni noires, ni blanches, elles ne sont inscrites dans aucune forme; ils les inventent en les écrivant.

 

Ainsi en est-il aussi de notre marche, qui nous décompose, nous désinscrit de ce que nous savions ou croyions être. Dans cet espace ouvert, nous pouvons commencer à écrire, déliés jusqu'au rire.

 

Décomposition, composition, pause.

 

Planter la tente ? Le grand corbeau nous y invite.  Mais l'eau claire manque. Nous venons de basculer dans le Queyras, familier à notre coeur. Envie de s'y laisser glisser. Quatre heures et 1300 mètres plus bas, la pizzeria du camping d'Abriès. 

 

Depuis le bac à vaisselle sale, un lérot nous regarde rire de fatigue.

 

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