31 août 19:19, Ubaye

Monet

 

 

 

 

 

 

J'ai râlé !

 

La montagne éclairée par le couchant semblait un château posé au bord du gouffre, le lac ses douves. Le soleil finissait de projeter nos silhouettes à sa surface scintillante. Nos pas faisaient s'éteindre, tour à tour toutes les étoiles de l'onde. Un moment magique. Encore un.

 

Mais la vidéo de l'appareil tenu à bout de bâton ne s'est pas enclenchée : j'ai râlé ! L'envie de capturer ce bout de magie éclate comme une bulle de savon dans l'air.  Fustration de la scintillance perdue. 

 

Monter la tente.

 

Retourner au lac. Seul. Pas tout à fait, avec mon appareil, et mon télé. Celui-là qui m'aide à capter la profondeur du paysage. Me retrouver d'abord, en me perdant de vue. A travers le viseur, se décadrer soi-même, ainsi se retrouver. Et retrouver alors l'envie de dire, de partager.

 

Le soleil est descendu. La surface du lac ne scintille plus, elle est dans la nuit. Il fait froid. Sur la falaise, le soleil monte, poussé par la nuit qui sort du lac. Doucement, il allume une dernière fois les roches blanches. Dans le lac, alors, la montagne scintille ses derniers feux, mire ses roches blanches, ses coins d'ombre, ses plaques d'herbe perdues qui dansent sous mes yeux.

 

Moi, je me noie dans la falaise noyée. Longtemps, beaucoup. J'ai déclenché tant d'images ce soir là. Toutes différentes, elles parlent de tant de choses, dites par la lac. Je reviens les larmes aux yeux, ébloui. Je ne crois pas que les images pourront jamais capturer un peu de cette magie, mais je sais que je suis bien, noyé, appaisé, plein.

 

Demain, c'est mon anniversaire.