Les Alpes carniques

 

Les Alpes carniques, ce sont dix jours de saute-frontière entre l'Italie et l'Autriche. Une longue ligne de crête de plus de 100 km. C'est la mer qui pointe vers le ciel; le marcheur foule des massifs coralliens âgés de plus de 400 millions d'années et connus des géologues du monde entier. En 1915, la ligne des sommets devient tranchées d'altitude, ultime frontière naturelle pour tenter d'empêcher une offensive ennemie.

 

C'est en allemand.

 

 

mer.

29

mai

2013

8 Juillet 17:36, Carniques

Souvent montagne varie, bien fol est qui s'y fie.

 

 

 

 

Tu crois te rapprocher d'elle, et chaque pas t'en offre un autre profil.

Tu crois l'atteindre enfin et, chaque fois, elle se dérobe à toi,

érigeant une nouvelle ligne de crête.

Elle est une fleur ceinte d'une corolle dont les pétales se chevauchent.

Qui s'approche du coeur, s'approche de l'ultime source,

et tel l'alpiniste arrivé à la pointe du Cervin,

découvre qu'"Il n'y a rien à voir au-dessus, tout est en bas".

 

 

mer.

16

nov.

2011

7 juillet 18:10, Alpes Carniques

ATTENTION frontière

 

Yvonne s'est échappée de son pré. Yvonne est une vache buissonnière. Depuis la frontière entre Allemagne et Autriche, elle a rejoint les forêts du sud de l'Allemagne. Pour la localiser, les hommes ont usé des forces de l'ordre, d'hélicoptères, de caméras infrarouges, d'un spécialiste de télépathie animale, de promesses de récompense… Yvonne, broutait, errait, et les regardait passer.

 

Les vaches de montagne n'ont pas de clôture, seulement des barres rocheuses, des lacs et des torrents pour les retenir. A longueur de journée, elles broutent et ruminent . Une liberté d'herbe et de lait.

 

"Faut-il les envier ?", se demande Jephan.

 

 

jeu.

03

nov.

2011

13 juillet 6:57, Alpes Carniques

Les mots vides

 

J'ai dans mon sac un carnet sur lequel je couche les mots de l'errance, ceux soufflés par le vent, les nuages et les pierres du chemin. Des mots que je trouve vides pourtant. Ils me semblent ne garder que la mémoire du chemin et s'y fondre sans prise de distance. Une vacuité des mots qui, je le sais, prendra son sens au retour, quand la mémoire fera son travail et que ce vide deviendra l'espace de la recréation.

 

 

dim.

30

oct.

2011

12 Juillet 14:59, Alpes Carniques

Le livre nomade

 

Dans mon sac, un seul petit livre, de la collection "Petite philosophie du voyage". Quelques grammes de mots écrits par d'autres. Petits propos sur la littérature nomade, l'écriture de l'ailleurs. Des propos qui posent la question des livres qui accompagnent un voyage et qui vont influencer l'ancrage de celui-ci.

 

Ce qu'on lit en voyage influencerait le regard qu'on porte sur les choses et ce que l'on en retient. Sans livre compagnon de voyage, n'y aurait-il autant d'aspérité sur laquelle retenir ou colorer les vécus et les impressions du chemin?

 

 

mar.

27

sept.

2011

4 juillet 16:20, Alpes Carniques

Andiamo !

Le départ est lent ce matin.

 

Flânerie au soleil. Café sur une terrasse, ou chocolat chaud. Station vide au milieu des deux semaines de traversée des Carniques, Nasfeld n'a pourtant rien pour nous retenir. Hypnose des choses vides... il y a un certain confort à n'être confronté à rien.

 

On part alors que le soleil est déjà haut. On s'élève sous les remonte-pentes inutiles. En croisant la piste de luge d'été, Niels veut descendre et remonter mécanique. On hésite, on refuse, envie d'avancer maintenant. On lui promet trois descentes et remontées à Fontgillarde, plus tard, plus loin.  Lui croyait que ces trois mois de marche, c'était prendre le temps pour soi, le temps de s'amuser. On hoche la tête. On repart.

 

On aurait manqué la rencontre, plus haut, de cet archéologue italien. Pour nous, il déniche des silex, des cristaux de roche et puis des traces de la Grande guerre. Il fait revivre les soldats italiens embusqués l'hiver dans des tranchées à plus de 2000 mètres d'altitude, tout au long des crêtes. Grattant la terre, il retrouve les cendres de leurs feux. On parle de Berlusconi, du désastre pour la culture et la science italienne, des moyens coupés pour l'archéologie. 

 

Andiamo !  L'orage approche, il ne faut pas tarder à passer la falaise. L'archéologue nous rassure: Tutto bueno. Lui redescend. Il nous offre un fossile et emporte le petit cristal de roche, "pour le musée" dit-il en s'éloignant.

 

L'orage nous rejoindra sur la falaise, violent. Veste, housse de sac, on baisse la tête et on avance. Passé le col, on est de l'autre côté de l'orage. Accalmie, soleil, la montagne scintille de cette lumière d'après l'orage, dense. On se dévêtit et étale tout à sécher, le temps d'un goûter.

 

 

 

lun.

12

sept.

2011

4 Juillet 17:53, Alpes Carniques, grotte du diable

L'oeil

 

 

L’œil était au fond de la grotte, à mi-hauteur de la paroi.

La pupille avait la couleur de la pierre, noire, humide.

Aucune vie n’y cillait.

Autour, l’iris formait un anneau étroit de couleur claire.

 

L’œil regardait le lac intérieur et s’y mirait.

Ridée, l’eau rendait mal les quelques veinules rouges qui le traversaient.

Nulle paupière ne venait la soustraire au regard de l’œil.

 

L’œil regardait l’eau et l’eau se ridait.

La grotte toute entière était creusée dans ce regard.

 

L’œil regardait l’eau, jusqu’à s’y diluer en ronds concentriques

qui se mirent à clapoter, érodant les parois de la grotte.

 

L’œil n’est plus au fond de la grotte.

Au fond de la grotte, à mi-hauteur de la paroi,

il ne reste plus qu’une trace blanche, en forme de larme.

 


 

ven.

08

juil.

2011

2 juillet 06:00, Chapelle Madonna de la Neva, Alpes Carniques

Madonna de la Neva

 

Hier soir, nous avons planté la tente sur le fil entre Autriche et Italie, face à la petite chapelle. Madonna de la Neva. L'un de nous a tiré la cloche, aigrelette par delà la crête.

 

La Madonne est gardée par les vaches.

 

Toute la soirée, nous les repoussons. Sans cesse, elles reviennent, reniflent, cherchent à comprendre, puis repartent, enfin. Au clair de la lune, elles sont là, à nouveau. Geoffroy sort nu les chasser encore, gesticulant. Ushka aboie. Carillon de clarines qui s'égaient.

 

5h30, c'est le matin ... presque.

Elles sont là !

 

 

 

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