Le Valais

Le Valais, jardin des Belges, celui de mon enfance aussi. Notre chemin s'élève en altitude, les nuits deviennent froides, très froides… Le paysage est fait de roc et de glace. Nous marchons sur les morraines de glaciers aujourd'hui reculés. Nous escaladons des blocs et basculons dans les Alpes francophones. Surprise de retrouvailles avec des amis. Le chemin devient plus bavard… 

 

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mer.

18

janv.

2012

8 août 20:00, Valais

Dragons des montagnes

 

 

 

Parfois, des vagues déferlent sur les montagnes et les noient. Les flots laiteux comblent alors les vallées où les hommes se terrent et leurs idées s'embrument. Seuls leurs pieds savent que l'espace existe encore là-haut. Mais qui écoute encore ses orteils?

 

mer.

04

janv.

2012

8 août 19:40, Valais

Belgitude

 

 

 

Petit air de Belgique, Thérèse et Jean-Michel nous rejoignent pour marcher une journée avec nous. Il n'y a toujours pas de gouvernement au pays. Le chemin s'élève peu. Il longe le lac de barrage et nous emmène en pointillé dans les entrailles humides de la montagne perforée. Thérèse rêve du Grand Combin. Jean-Michel parle philosophie. Nous écoutons le bruit du monde.

 

Las de trancher les berges abruptes, le chemin reprend appui sur le versant. Thérèse aime le vert dans le paysage, celui de l'herbe, des rochers, de l'eau.

 

Nous posons les sacs à la cabane de Chanrion où Thérèse et Jean-Michel passeront la nuit. Sur la terrasse, les randonneurs déjà en chaussons nous regardent, admiratifs. Une dame offre deux mars aux enfants: "Pour votre pause demain". Un vieux monsieur sort de sa poche deux petites croquettes pour chien et les remet à Jean-Michel: "Pour votre chien". Ushka qui dormait plus loin, se lève et va se recoucher à l'ombre du banc sur lequel est assis le vieux monsieur.

 

Nous reprenons nos sacs et cherchons un endroit discret où monter les tentes. Les Suisses n'aiment pas trop que l'on puisse s'offrir l'herbe de l'alpage, même pour une nuit. Thérèse passera plus tard, le temps d'un lever de nuages sur le Grand Combin. Thérèse aime le vert dans le paysage.

 

 

 

mer.

07

déc.

2011

4 août 19:15, Valais

Plus ou moins au-dessus de la mer

 

 

 

 

T'as quelle altitude?

On a déjà monté de combien?

 

En montagne, l'altitude fait repère. Elle se porte au poignet. Et, comme l'heure, elle est une donnée très relative. Elle dépend en particulier de la pression atmosphérique qui change tout le temps. Vous vous endormez le soir à telle altitude et vous réveillez le matin plus haut, dans le meilleur des cas, ou plus bas...

 

Avancer, c'est disperser du temps dans l'espace.

Ou l'inverse ?

 

 

 

jeu.

01

déc.

2011

8 août 16:29, Valais

Attracteur étrange

 

 

 

Ecoute, écoute le bruit du torrent. Il n'est jamais le même, il n'a pas de rythme, et pourtant c'est une musique... imprédictible. Ce son oscille, va, revient, tourne autour de quelque chose sans jamais l'atteindre, sans s'y fixer, sans le toucher, sans le quitter pourtant.

 

Ecoute le, le son du torrent. Oscillateur sans rythme, c'est un "attracteur étrange". Cantonné à une partie de l'espace multidimensionnel des sons possibles, il y oscille, imprédictiblement, créant sans cesse une nouvelle trajectoire dans l'espace infini et confiné de ses possibles.

 

Le chant du torrent, attracteur étrange, est un chaos créateur. La vie naît des attracteurs étranges. La vie n'est qu'attracteurs étranges.

 

 

 

mer.

23

nov.

2011

3 août 13:41, Valais

Je bascule vers mon enfance

 

 

Au barrage de Moiry déjà, l'humidité perlait sur le duvet de mes bras nus. Je me souviens avoir frissonné. Je suis partie d'un bon pas.  Les panneaux annonçent 2h40 de montée pour le col de Torrent. Je marche vite, je dépasse les touristes qui me hèlent épatés, découragés peut-être dans leur propre progression, j'arrive au col en 1h20. Brouillard, je ne vois rien. J'imagine le val d'Hérens devant moi, le Pigne d'Arolla et les Dents de Vésivi sur la gauche, le village de La Sage en contre-bas, les étés de mon enfance. Je pourrais croiser ici l'enfant que j'étais à 9 ans. Mais, brouillard, je ne vois rien. Je bascule vers mon enfance et ne vois rien, brouillard. Mes pieds avancent sur le sentier, dans ma tête, je recule.

 

 

mer.

09

nov.

2011

6 août 9:50, Valais

Vertige

 

 

La montagne désire le vide, la chute, tandis que l'homme s'obstine à grimper.

De ce décalage naît le vertige.

 

 

 

sam.

05

nov.

2011

4 août 19:27, Valais

Penser en plein air

 

 

" Nous ne faisons pas partie de ceux qui n'ont de pensées que parmi les livres, sous l'impulsion des livres, - nous avons l'habitude de penser en plein air, en marchant, en sautant, en grimpant, en dansant, le plus volontiers sur les montagnes solitaires ou tout près de la mer, là-bas où les chemins mêmes deviennent problématiques."

 

Nietzsche

 

 

lun.

10

oct.

2011

8 août 19:40, Valais

Le Combin nous salue

 

 

Aujourd'hui, deux amis marchent avec nous.

 

Nous remontons le lac de barrage, vers le Grand Combin. Le chemin est large et gris et, par moments, s'enfonce dans la montagne en tunnels humides. Le Grand Combin nous attend. Nous longeons l'eau. C'est toute la montagne qui s'écoule dans le lac. Le Grand Combin ne se découvre pas. Thérèse nous dit qu'elle aime le vert dans le paysage, le vert de l'herbe, des rochers, de l'eau. Le Grand Combin nous manque. Nous montons encore, nous parlons philosophie, Belgique et politique.

 

Le chemin devient plus étroit, le versant plus herbeux. Un pont enjambe un torrent de lait bouillonnant. Thérèse qui le traverse avec nous dit qu'en montagne, on retrouve sa vraie dimension par rapport aux forces de la nature; en plaine, on se croit grand.

 

Et le Grand Combin, enfin, nous salue.

 

 

 

mer.

07

sept.

2011

4 août 15:15, Glacier des Dix, Valais

Aliénation

 

Le passage du col de Riedmatten est étroit. Je me faufile. De l'autre côté, en contre-bas, il y a le glacier. Il y avait le glacier. Il n'en reste rien. Rien qu'une langue décharnée, grise et sale. Quelques mètres à peine. C'était le glacier de mon enfance.

 

Mon premier glacier...

 

On s'était levés tôt. On était partis à la fraîche. Mon père marchait devant. J'avais huit ans. Après deux ou trois heures de montée, nous sommes arrivés au Pas de chèvre. Une double échelle. Une vingtaine de mètres de descente verticale et métallique. Je serre fort les échelons glacés. Je descends lentement, sécurisée entre les bras de mon père. Une première échelle. Un grand pas dans le vide. Une deuxième échelle. En bas, le glacier. J'y prends pied, prudente. Et je m'en vais rejoindre Frison-Roche, Rébuffat et tous les premiers de cordées dans leur liberté de pierre et de glace.

 

Quarante ans plus tard, il ne reste rien. Ma liberté s'est consummée dans l'alliénation consommatrice des hommes.

 

jeu.

14

juil.

2011

8 août 11:46, Lac de Mauvoisin, Valais

L'essence ciel

 

J'ai déclenché.

 

A la verticale. Ebloui par le soleil, j'ai eu du mal à cadrer. J'ai senti l'image plus que je ne l'ai vue.  Les masses de lumière se parlaient entre elles, je crois. Une photo, si elle parle, c'est toujours une histoire, il faut que le temps s'y déploie dans l'espace.

 

Dans celle-ci, l'essence des choses : roche, eau, ciel.  L'eau jaillit de la roche au ciel. Comme une éjaculation, elle quitte la roche pour féconder le ciel qui l'absorbe, la fait sienne. 

 

Plus bas, le ruisseau n'est plus. L'air a tout pris. Reste un peu de condensation sur nos visages. Plus haut, l'air se perle.

 

Ainsi naquirent les aigles.

 

 

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lun.

11

juil.

2011

30 Juillet 15:19, Jungen, Valais

"Peut-on faire confiance à ce truc?"

 

C'est notre premier jour dans le Valais.  Le quai de Sint Niklaus, un buffet de la gare, une saveur de nulle part. La montée s'annonce rude : 1800 mètres. Jephan a besoin de remontant; Niels teste l'ovomaltine.

 

On part. On cherche le sentier. On nous parle d'un téléphérique. On se perd un peu. On redescend, remonte. En effet, il y a là une cabine, minuscule, qui monte à Jungen. Prochain départ dans une demi-heure.

 

Je suis le cable des yeux. C'est raide... Les enfants n'envisagent plus de monter autrement. Je ne dis rien. Ils partent les premiers.  Sac à dos sur les genoux, entassés avec deux grands chiens, leurs maîtres et du matériel de construction. 

 

Peut-on faire confiance à ce truc qui s'élève presque à la verticale et balance interminablement, puis soudain s'arrête, bulle suspendue dans le vide?  Il n'y a pas d'autre moyen pour arriver à Jungen, hormis le sentier que nous ne trouvons pas, que plus personne n'emprunte, trop raide. Je le devine un instant en contre-bas, accroché à la falaise. On est haut… je ne sais plus où regarder...

 

Jungen enfin. 

 

Village de carte postale perché au milieu d'un rêve suisse. Propret, accueillant, impayable sûrement. Ici, ni bouse, ni odeur de vache mais quelques drapeaux rouges et blancs qui claquent au vent de la vallée.

 

Nous pique-niquons au bord du petit étang, tables et bancs, fontaine, four à pain. Un groupe de randonneurs redescend, parle haut, se baigne les pieds, occupe l'espace, enfile un Tshirt propre pour la vallée, se crème, et repart derrière leur guide.

 

Il nous reste encore 900 mètres de montée. Le chemin serpente à travers la sieste des bouquetins. Les nuages tardent à se dissiper; on devrait voir le Cervin. L'aigle royal nous survole.

 

Soudain, un bouquetin renifle Ushka, jette un souffle rauque et reste là, si proche.

 

 

 

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jeu.

30

juin

2011

3 août, 21:04, La Sage, Valais

La corde

 

Geoffroy et les enfants dégringolent sur La Sage. "T'as vu le mec? comme il est baraqué… ses mollets, ses cuisses!" s'écrie une promeneuse.

 

Moi, je descends et remonte à la fois dans le temps. 40 ans en arrière. J'ai 7 ans, je découvre la montagne, à La Sage: le Pigne d'Arolla, la cabane des Aiguilles rouges, le lac bleu, les mazots, les clarines, les raclettes, la marche et le car postal. J'avance dans mes propres traces de petites bottines; je rêve que le village m'accueille comme l'enfant revenue au pays.

 

Déception… je n'y reconnais rien… Où est la poste? et l'aire de pétanque? et la terrasse aux jus de pomme pétillants? Il y a trop de chalets, trop de voitures. Je me sens refoulée sur les bas-côtés. Où mettre la tente?

 

Nous parions sur la butte de la Chapelle Saint-Christophe, en contre-bas du village qui ne nous voit même pas. Un car postal monte en chantant dans les virages. Soudain Niels tire sur la corde qui pend devant la chapelle. La cloche tinte une fois, deux fois… et la dent blanche se découvre.

 

 

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