L'Ubaye

Ici commencent à s'empiler les regards plus anciens qui concernent notre avancée à travers l'Ubaye.

 

 

ven.

06

avril

2012

31 août 19:19, Ubaye

Monet

 

 

 

 

 

 

J'ai râlé !

 

La montagne éclairée par le couchant semblait un château posé au bord du gouffre, le lac ses douves. Le soleil finissait de projeter nos silhouettes à sa surface scintillante. Nos pas faisaient s'éteindre, tour à tour toutes les étoiles de l'onde. Un moment magique. Encore un.

 

Mais la vidéo de l'appareil tenu à bout de bâton ne s'est pas enclenchée : j'ai râlé ! L'envie de capturer ce bout de magie éclate comme une bulle de savon dans l'air.  Fustration de la scintillance perdue. 

 

Monter la tente.

 

Retourner au lac. Seul. Pas tout à fait, avec mon appareil, et mon télé. Celui-là qui m'aide à capter la profondeur du paysage. Me retrouver d'abord, en me perdant de vue. A travers le viseur, se décadrer soi-même, ainsi se retrouver. Et retrouver alors l'envie de dire, de partager.

 

Le soleil est descendu. La surface du lac ne scintille plus, elle est dans la nuit. Il fait froid. Sur la falaise, le soleil monte, poussé par la nuit qui sort du lac. Doucement, il allume une dernière fois les roches blanches. Dans le lac, alors, la montagne scintille ses derniers feux, mire ses roches blanches, ses coins d'ombre, ses plaques d'herbe perdues qui dansent sous mes yeux.

 

Moi, je me noie dans la falaise noyée. Longtemps, beaucoup. J'ai déclenché tant d'images ce soir là. Toutes différentes, elles parlent de tant de choses, dites par la lac. Je reviens les larmes aux yeux, ébloui. Je ne crois pas que les images pourront jamais capturer un peu de cette magie, mais je sais que je suis bien, noyé, appaisé, plein.

 

Demain, c'est mon anniversaire.

 

 

 

 

ven.

20

janv.

2012

29 août 12:08, Ubaye

Au fil d'Ubaye

 

 

 

Sur le pont de bois qui traverse l'Ubaye, nous nous sommes arrêtés. Nous avons posé les sacs et sorti notre casse-croûte. Des craquottes de seigle, 200 grammes de fromage à pâte dure, quelques rondelles de saucisson sec, un petit carré de chocolat. Tel est le menu de nos festins de midi.

 

Deux ans plus tôt, nous avions trouvé refuge ici même, sous une pluie torrentielle, dans la vieille bergerie, à quelques dizaines de mètres du torrent. Le sol de terre battue était couvert de crottes de moutons. Nous avions supendu nos vêtements mouillés à toutes les poutres de la charpente. L'orage a grondé autour de nous de longues minutes. Nous ne savions où nous asseoir. La fin du jour a chassé les éclairs. Nous avions alors étallé les vêtements mouillés sur la tôle qui couvrait la bergerie. Ils fumaient, comme la montagne alentours. Le torrent bouillonnait encore de trop de pluie grise.

 

Aujourd'hui, l'eau laisse passer la lumière et les roches claires du fond la révèlent.

 

 

 

mar.

20

sept.

2011

29 août 08:02, Ubaye

Faire le dedans dehors

 

Comme un escargot, porter sa maison sur son dos.  Puis le soir venu, la déplier pour s'y replier, chez soi. Pouvoir simplement se poser là. Parce que l'envie est là. Que la vue est belle. Que la pluie arrive. Que la fatigue vient. Que ce soir, ce sera là.

 

Toute la journée, habiter le dehors et le soir venu en faire son chez soi. Le sac lourd rend le voyage plus libre.  

 

La chienne aussi pose son sac. Et pendant que d'une toile nous construisons notre dedans, elle s'envole dans un galop fou et tournoie autour de nous. Explosion, débandade effrénée, célébration de la montagne.

 

Puis elle s'allonge, haletante, devant la tente.

 

 

jeu.

09

juin

2011

29 août 8:02, Lac longet, haute Ubaye

Viso

 

Hier soir, je regardais le Viso prendre des poses. Comme un vieil ami dont on veut garder le portrait.

 

D’abord doucement, il change de couleur, de tonalité, de profondeur. Puis, plus vite, jusqu’à cet embrasement final du sommet qui vascille et s'éteint comme se souffle une bougie.


Je m’endors pensant que les pierres bougent. Pensant qu’il n’y a pas, jamais, une image, un instant, qui soit semblable, identique au précédant. Impermanence, merveilleuse impermanence qui ouvre à la multitude infinie des dimensions de l’instant.

 

Et la chance d’en être.


Au levé, un instant, le vent suspend son souffle. Le lac lissé disparaît comme un miroir s’efface sous l’image qu’il crée. Le Viso se dédouble en une lame parfaite.  Il n’y a plus de pierre, ni d’air, ni d’eau: tout est lumière.

 

La montagne n’est que lumière, impermanente et dédoublée.

 

Croire en la permanence et la concrétude des choses,

est-ce fuir le reflet vivant de sa propre impermanence ?

 

 


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lun.

19

juil.

2010

Le soir se pose en Ubaye