La Roya
Ici commencent à s'empiler les regards plus anciens qui concernent notre avancée e long de la Roya.
ven.
31
mai
2013
14 septembre 9:32, Roya
Villages de frontière
Olivetta. Petit village italien. Abrite-t-il une terrasse de café ou est-ce la terrasse du café qui abrite le village? J'hésite encore. Tous y passent et tout s'y passe. A la fois cour de récréation, parking, scène de spectacle, lieu de rendez-vous, salle d'attente du médecin, salle de réunion, l'espresso, très ristretto, y coûte moins d'un euro.
J'y ai vu une gamine avec de petites soquettes blanches, un monsieur à la chemise rose, deux mamas et la marmaille, deux hommes en salopette débordant de leur minuscule camionette à trois roues, le médecin arrivant avec sa sacoche, trois jeunes touristes allemands, des gamins rouler à vélo, un chien qui siestait dans une auto, une serveuse de café, les cris des uns hélant les autres et dans le ciel, trois circaètes…
Le matin même, nous avions cherché abri dans un village français, de l'autre côté de l'oliveraie. Là, les maisons étaient proprettes. Là, les rues étaient désertes. Point de café. Là, il pleuvait des cordes et même l'église nous restait fermée. Sous le porche, une plaque gravée, signée du Général vainqueur, exigeait le retour de ces villages à la France.
lun.
01
avril
2013
14 septembre, Roya
L'automne survient avec le sud
Le Sud arrive avec l'automne.
La lumière décline quand elle survient.
La vallée de la Roya est toute entière dans cet entre-deux; entre Sud et montagne, entre tourisme et rusticité, entre France - qui l'a prise - et Italie - qui y couve ses racines. Il y a une violence contenue dans cet engorgement de murailles où la place manque parfois. Nous sortons d'un long voyage dans une monde ouvert et aérien. Cette sortie-là est comme un goulot par lequel le vin, mûri, va abreuver la vie. Un passage obligé.
La Vallée de la Roya n'a d'autre sens que celui-là, celui d'une sortie, un engorgement à accepter. Notre rythme s'y ralentit d'ailleurs, nos choix plus hésitants, nos pas plus confus. Il n'y a pas de frustration, non, nous savons qu'il va nous falloir sortir et c'est le sens des choses que d'en passer par là.
lun.
09
avril
2012
13 septembre 10:52, Roya
Humilité de l'émergence
Regardant les toîts de tuiles rouges ponctués des pastilles blanches de la modernité, je trouve cela beau. Je cherche à capturer la courbe de la ruelle, passante, étroite, profonde et fraîche que nous parcourions hier soir. Le rire des enfants qui y résonnait fort. Elle donnait l'envie d'y courrir. Je me dis que la courbe de cette rue est belle, simple, évidente.
Et je me demande pourquoi les rues de nos villes sont devenues si linéaires, rejetant le sens du cheminenment, perdant la langueur du déroulé. D'où vient cette courbe ? Qu'a-t-on perdu pour ne plus la savoir ?
Je réalise qu'elle n'a eu que l'humilité de suivre la rivière qui, là, s'élargit en un lac. Le sens de la courbe est tout inscrit dans la raison d'être du village. La courbe de cette rue n'a jamais été pensée, elle est émergente du paysage, du sens du village à cet endroit.
Nous nous appauvrissons de perdre cette humilité, celle qui laisse émerger les choses des profondeurs, de leur raison d'être. Et moi j'ai peur, quittant mon voyage, de perdre cette humilité là, celle des peuples premiers, celle qui laisse émerger la profondeur des choses et donne sa force au nomade.

Vialpe.be
