Le Massif de la Bernina

 

"Demeurer le moins possible assis: ne prêter foi à aucune pensée qui n'ait été composée au grand air, dans le libre mouvement du corps - à aucune idée où les muscles n'aient été aussi de la fête."


Nietzche croyait avoir trouvé ici la "Terre Promise". 

 

La Bernina, ce sont nos premiers glaciers.  Le climat y est l'un des plus froids et rigoureux de Suisse. Nous l'avons connu embrumé et humide.

 

lun.

16

janv.

2012

25 Juillet 11:17, Bernina

Sac de star

 

Les enfants jouent aux cartes, inventent des jeux, trichent, rigolent. Les enfants se raccrochent au monde grâce à celui imaginaire des doudous. Les enfants marchent et traversent la montagne comme si cela était naturel. Ils portent leur gros sac, et pourtant les Italiens ne les photographient pas.

 

"Oh que Bella, Bellissima, Brava..." Les Italiens n'ont d'yeux que pour Ushka et ses sacoches.

 

mer.

28

déc.

2011

23 Juillet 20:43, Bernina

Cristina

 

 

 

Il a plu toute le journée. Et toute la journée, nous avons joué aux cartes sur la toile cirée du refuge de Cristina. Entre chaque partie, l'un de nous sortait, humait l'air et les nuages, mais vite rentrait, laissant la bourrasque pour battre les cartes.

 

A 10 heures, le café et le chocolat chaud, bien qu'italien, réconfortent. A midi, les sandwiches du refuge étaient accompagnés de fromage et de saucisson du pays. Vers deux heures, un couple est venu boire le café. Ils fermaient leur résidence secondaire pour rejoindre la vallée. Vers quatre heures, une éclaircie. Il faut en profiter, bouger, sortir.

 

L'alpage fume. Le hameau de Cristina s'ébroue. Quelques maisons de pierres luisantes de pluie. Une chapelle sur une petite butte. Un cheval en liberté.

 

L'envie de partir nous fuit. Nous plantons les tentes au-dessus du village. Et nous revenons au refuge pour le spaghetti du soir, pesto ou bolo.

 

 

sam.

24

déc.

2011

22 juillet 10:50, massif de la Bernina

Les larmes de la fiancée

 

 

 

 

Les vaches ne sont pas loin. Les vaches ne sont jamais loin. Seule leur robe change de massif en massif. Je me souviens des valaisannes de mon enfance, petites, trapues et sombres. Le jour du combat des reines, elles étaient amenées par dizaines à l'alpage. Maman a demandé au vacher comment il faisait pour les reconnaître. Surpris par la question, il a répondu: "Et vous, quand vous allez au bal, vous reconnaissez bien votre fiancé!"

 

 

 

mer.

14

déc.

2011

22juillet 10:46, Bernina

Un guide pour se perdre

 

 

Se perdre dans les Alpes n'est pas aisé. Trop souvent une marque, une flèche, une plaque ou un minutage vous retrouve. A moins, peut-être, de confier ses pas aux regards des vaches de montagne. Elles, qui savent le temps continu, sont un guide précieux pour se perdre.

 

 

 

dim.

11

déc.

2011

23 Juillet 17:32, Bernina

Il ramenait les chèvres

 

Lui ramenait les chèvres. Son père, je crois, poussait les vaches. Ils se sont croisés. Il faut ramener les chèvres qui, seules, partent loin. Il faut pousser les vaches qui, seules, restent près. Il faudra traire les deux. Le père avait un rameau feuillé. Lui se contentait de sa voix et de ses bras.

 

Je ne sais ce qu'ils se sont dit. Je ne sais rien de leur vies. Je sais seulement que je les trouvais beaux, pleins, dans cette lumière d'après l'orage. J'aurais aimé les entendre. J'aurais aimé les comprendre. J'aurais aimé les aimer. J'étais loin. Et je ne sais rien. Rien d'eux qui pourtant rayonnaient jusqu'à moi.

 

 

ven.

25

nov.

2011

26 Juillet 11:09, Bernina

Tracé hors trace

 

 

Sur le chemin, la marque peinte rassure le randonneur. Elle est le repère officiel, repris sur les topo-guides et sur les cartes. Le cairn est plus improbable. Il est une invitation à s'aventurer hors trace. Et l'oeil du randonneur le recherche alors de loin en loin pour y raccrocher ses pas, comme à un guide.

 

Oeuvre collective récurrente, le cairn invite à la participation. Rajouter sa pierre à l'édifice est un témoignage de son passage, une reliance avec ceux qui sont passés, un message pour ceux qui suivront. Geste essentiel, reliance dans le temps.

 

Le cairn n'existe que parce que des hommes marchent. Contrairement au loup qui marque son territoire pour le clôre, le marcheur trace de cairn en cairn la ligne de sa traversée. Reliance qui projette le temps dans l'espace.

 

 

 

ven.

11

nov.

2011

27 Juillet 2010 20:00, Engadine

Chienne de vie

 

La chienne porte son sac, comme tous. Elle marche devant. Au col, elle s'arrête et regarde, truffe au vent. Que sait-elle de la vallée que nous ne voyons pas?

 

Aujourd'hui, un marmoton a déboulé dans ses pattes. La chienne reste chasseresse; plus vive que nous. Mais elle est chienne; elle a donc été tancée, et ramenée sur le chemin. Elle s'est alors appliquée à ne plus voir que les cailloux du chemin. 

 

 

 

sam.

10

sept.

2011

22 juillet 15:56, massif de la Bernina

Cairn

 

J'ai rêvé que dans mon ventre dur, une montagne creusait ses racines.

Elle était de roche et d'os.

Et je la trimbalais, partout en moi.

Les jours de brouillard, elle se nappait de vide et ma tête alors seule émergeait.

 

 

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sam.

09

juil.

2011

24 Juillet 12:36, Bernina

Liberté de roche et de glace

 

Nous quittons la Via, trop sage. Envie de sauvagerie, de roche et de glace.

 

Le sentier frôle le torrent qui descend furieux. Nous montons vers le coeur de la Bernina. La vallée nous aspire et se ferme derrière nous. Première ambiance de haute montagne.

 

Il y a là-haut un cimetière d'alpinistes qui n'existe pas, ou ce n'est pas un cimetière. Nous le cherchons… Des hommes sont morts ici en avril 1917, musellés par l'avalanche de La Musella. Nous ne rencontrons personne. 

 

1°C sous la tente, le glacier est proche. Je lis "Zazie dans le métro" à haute voix.

 

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lun.

04

juil.

2011

27 juillet 2010 15:14, Juff, Engadine

C'est bien pour rêver ...

 

Cheveux courts et sombres, comme moi. Sac  "MacPac", comme moi. Jambes longues, rythmées et qui connaissent les sentes, comme moi dit mon homme. Elle est de Zurich. La musique de la langue allemande teinte son français.

 

 "J'aime randonner seule… c'est bien pour rêver !"

 

J'ai moi aussi randonné seule, au rythme de mes pensées. Aujourd'hui, nous marchons à douze pattes et composons ensemble nos envies, nos craintes, nos fatigues et notre avancée. Mais depuis quelques jours, je me sens poussée, tirée. Trop, il y a comme un stress. Nous parlons rythme, objectif… Avancer! Décompte de jours et d'étapes… peur de perdre des jours.

 

L'appelstrüdel de ce matin a tout changé.

 

Les napperons sur les tables, un beau service, les étagères pleines de confiture maison. Des petits gâteaux qui accompagnent le café. Le chocolat chaud est vrai, onctueux. La dame qui nous sert parle de son mari qui fait tout maison, on sent leur amour qui passe. Une odeur maternante de salon de grand-mère. L'hôtel Chesa fait partie du réseau Slow Food. Nous y pausons le temps d'une averse. La salle est pleine d'ouvriers qui doivent tenir à la chaleur particulière qui ici donne son arôme au café du matin.

 

Nous nous sommes reservis. Nous avons goûté l'appelstrüdel. Et j'ai marché Slow toute la journée, avec Jephan le matin, seule l'après-midi. J'ai retrouvé la saveur de chaque pas, pris le temps de ressentir le chemin, d'y couler le rythme de mes pensées. J'ai retrouvé l'errance... C'est bien pour rêver.

 

Nous descendons sur Juf, déposé entre brumes et herbages. A Juf, l'auberge est complète. La Suissesse devra prendre le bus encore quelques kilomètres.  Nous posons nos tentes dans le pré fraîchement coupé.

 

 

 

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jeu.

01

juil.

2010

arbre-coeur 23 Juillet 18:43, Massif de la Bernina